Détour cinématographique au pays du sang et du miel
Hugo PRÉVOST
In the Land of Blood and Honey, un film qui sortira vendredi en salles, suscite de profonds questionnements : il s’agit, après tout, du tout premier long-métrage écrit, mais également réalisé par la célèbre actrice Angelina Jolie. Dans l’enfer de la Guerre des Balkans des années 1990, l’Américaine démontre un talent certain sur fond de nettoyage ethnique.
Bosnie, 1992. Le conflit qui couvait entre Serbes, Croates, Bosniaques, musulmans et de nombreuses autres factions vivant dans ce creuset que sont les Balkans éclate au grand jour dans toute sa fureur. Alors que s’ajouteront les atrocités, les déportations, les exécutions et les viols, une jeune femme musulmane (Zana Marjanovic) capturée par l’ennemi tentera de survivre, pour finalement devenir le peintre officiel d’un capitaine de l’armée serbe (Goran Kostic) qu’elle fréquentait avant la guerre (et avant qu’il ne s’enrôle).
Tourné avec des acteurs croates, bosniaques, serbes et serbo-croates, avec un dialogue joué uniquement en bosniaque (avec sous-titres anglais), In the Land of Blood and Honey conjugue horreur de la guerre et déchirement philosophique alors que les protagonistes principaux sont déchirés entre leur attirance et leur amour l’un pour l’autre et ce qu’ils considèrent comme étant des nécessités pour leurs peuples respectifs.
Si l’on saisit parfaitement bien tout le côté absurde et cauchemardesque de cette sanglante Guerre des Balkans – en pouvant, ici, tracer un certain parallèle avec La liste de Schindler -, le côté humain fait toutefois défaut à plusieurs moments. La relation entre les deux personnages principaux, tout d’abord, semble ne pas tenir la route, alors que la jeune femme musulmane et le capitaine serbe semblaient n’en être qu’aux premiers émois au début du conflit.
La relation entre le capitaine et son père le général tourne également à vide. Le premier, plus jeune d’esprit, plus ouvert aux idées de cohabitation, tente de faire entendre raison à un père traditionnalistes, aux visées de pureté raciale et à la rancoeur profonde. La scène de confrontation entre les deux hommes, vers la fin du film, sera trop courte, voire tombera à plat.
Outre cela, toutefois, Mme Jolie a joliment tiré son épingle du jeu, présentant un excellent premier film touchant un sujet encore particulièrement sensible. La tâche était colossale, et le résultat est impressionnant.
Dans la catégorie: À la une • Culturel
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