Les travaux de recherche autour du virus H5N1 sont stoppés

Hugo PRÉVOST

Un comité d’examen fédéral américain a recommandé vendredi la suspension du processus de publication de deux études sur le virus de la grippe aviaire H5N1. La décision, rapportée par la publication Science, retarde ainsi la divulgation de résultats portant sur l’examen de ce virus potentiellement très dangereux, tout en déclenchant une controverse sur la censure scientifique au nom du bien commun.

Selon Science, les études, actuellement examinées par les revues scientifiques Science et Nature, décrivent des mutations spécifiques du génome du virus qui lui permettrait d’être transmis, sous forme de liquide, entre des furets, une méthode qui est considérée comme un bon modèle pour la transmission entre mammifères. Si le virus mutait pour devenir transmissible entre humains, cela pourrait déclencher une pandémie mondiale, infectant potentiellement des millions de personnes.

Au dire de Science, si les informations concernant les méthodes de transmission et les mutations établies par les deux groupes de recherche pourraient être utiles aux responsables de la santé publique et aux chercheurs qui tentent de comprendre la transmission du virus et de prédire – et prévenir – la prochaine pandémie, elles pourraient également servir à des fins de bioterrorisme.

La controverse ne date pourtant pas d’hier : cela fait en effet plusieurs mois que la communauté scientifique est profondément divisée entre les partisans de la libre circulation des informations et ceux plutôt en faveur de la protection du public, et donc de la censure de données pouvant être utilisées à des fins néfastes.

Dans un article intitulé H5N1 Debates: Hung Up on the Wrong Questions, le Dr Daniel Perez, du département de médecine vétérinaire de l’Université du Maryland, affirme qu’il est temps de « prendre le taureau par les cornes » dans le dossier du virus H5N1. « Dans le cas contraire, si nous n’accomplissons pas un effort mondial pour aider les pays à éliminer le virus H5N1 chez leurs populations de volaille, nous alors continuer à subir la menace d’une éventuelle pandémie de grippe H5N1″, ajoute-t-il.

Si le Dr Perez rappelle qu’un virus de la grippe est incapable de déclencher une pandémie s’il ne développe pas une méthode de transmission d’un humain à un autre, il précise également que nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la compréhension des méthodes de transmission de virus.

Le chercheur s’en prend aux conclusions du National Science Advisory Board for Biosecurity – un comité d’experts indépendants qui conseillent le département américain de la Santé et des Services sociaux et d’autres départements fédéraux et agences en matière de biosécurité – demandant que seules les conclusions des recherches soient publiées, mais non pas la méthodologie utilisée pour y parvenir.

« Empêcher l’accès à des informations cruciales nuira à notre capacité de développer de meilleurs vaccins et antiviraux contre ces virus », martèle-t-il.

La controverse est certainement loin de s’éteindre, et il faudra attendre le la fin de l’évaluation des recherches par Science et Nature pour avoir une meilleure idée du portrait global de la situation. Si le virus H5N1 est effectivement en voie de pouvoir se transmettre d’un humain à un autre, les gouvernements devront décider si la prévention d’une nouvelle pandémie est un bénéfice plus important que l’éventuelle utilisation de ce même virus à des fins terroristes.

Dans la catégorie: Science et EnvironnementScience et Technologie

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