Piratage : l’Internet plongé dans le noir en signe de protestation
Hugo PRÉVOST
L’Apocalypse était prévue… et elle est venue. nulle prophétie maya n’est pourtant à blâmer; la cause en est bien moins mystique, et surtout politique. C’est en effet mercredi que de nombreux sites Internet ont décidé de protester contre deux projets de loi américains visant à combattre le piratage en ligne. Google, Wikipedia, Facebook… les grands du web – comme les petits, participent à cette manifestation numérique.
L’enjeu est de taille : le projet de loi SOPA (Stop Online Piracy Act) et son homologue PIPA (Protect IP Act) visent tous deux à combattre le piratage de contenu en ligne et la violation des droits de propriété intellectuelle.
SOPA/PIPA représentent, pour l’industrie américaine du divertissement, la panacée en matière de lutte au piratage. Si le projet de loi est adopté, les détenteurs de droits et de propriétés intellectuelles auraient tout le loisir d’imposer une variété de pénalités aux sites contrevenants, allant de la suspensions des revenus publicitaires et des transactions en provenance de services comme Paypal, l’interruption du référencement sur les moteurs de recherche et le blocage de l’accès au site depuis les principaux opérateurs Internet. SOPA/PIPA viennent également criminaliser la diffusion en continu de contenu protégé.
En réaction aux discussions entourant les projets de loi, des dizaines de sites Internet ont bloqué l’accès à leur contenu ou affiché un bandeau informant les internautes de leur position dans cette affaire hautement délicate. Parmi les autres sites participant à cette protestation, on retrouve bon nombre de bédéistes en ligne, d’innombrables blogues, des sites d’information. La version américaine du Huffington Post, par exemple, a censuré son article principal (qui traite du blackout numérique).
Les réactions varient cependant beaucoup. Si plusieurs sites demandent d’écrire aux membres du Congrès américain pour faire rejeter les projets de loi, certains ne proposent aucun geste à poser. D’autres sites Internet d’un peu partout dans le monde participent également à l’action collective.
Car c’est également sur cet aspect que le bât de SOPA/PIPA blesse : si un site est « reconnu coupable » d’avoir diffusé du contenu protégé sans en avoir le droit, il pourrait se faire retirer des résultats de recherche des moteurs tels que Google, Yahoo et autres, et ce même s’il ne s’agit pas d’un site hébergé aux États-Unis.
La version anglaise de l’observatoire canadien du journalisme ProjetJ, J-Source, rapportait aussi mercredi que l’organisme Reporters sans frontières s’était joint au mouvement de protestation.
Au final, cependant, il faudra voir si ces mesures visant à manifester le désaccord de nombreux individus, organismes et entreprises face aux projets de loi aura l’impact espéré. Diverses sources font état d’un financement versé par Hollywood et l’industrie américaine du cinéma à plusieurs politiciens impliqués dans les discussions entourant la lutte au piratage. Le montant de ces cotisations politiques dépasserait 90 millions $ US.
Dans des propos rapportés mardi par le site Internet Slashfilms, la Motion Picture Association of America, le regroupement représentant l’industrie cinématographique américaine, qualifie le blackout d’« esbroufe » et « de réponse irresponsable et nuisible aux gens qui se fient à ces services pour obtenir de l’information ».
« Ce soit-disant blackout est une autre cabriole – dangereuse – visant à punir les élus et les responsables de l’administration qui travaillent de façon diligente pour protéger des emplois américains contre des criminels étrangers. Nous espérons que la Maison-Blanche et le Congrès demanderont à ceux ayant organisé ce blackout de mettre fin à cette mascarade de relations publiques et de poser des gestes efficaces pour combattre le piratage », ajoute-t-on par voie de communiqué.
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Le titre de l’article pourrais porter certains à croire que l’internet a été éteint en guise de protestation contre le piratage, ce qui est loin d’être le cas.
Les mots sont toujours importants mon cher Mr. Prévost, il est donc impératif de nous assurer de bien les utiliser: « Liberté d’expression: Les gros noms de l’Internet protestent » ou « SOPA: Des sites populaires dans le noir pour protester » serait de meilleure augure comme titre d’article. Au final, cette protestation n’a strictement rien à voir avec le piratage.