Contagion : un suspense viral signé Soderbergh
Patrick ROBERT
Si la panique médiatique créée par le H1N1 s’était avérée fondée, la situation aurait probablement eue l’air de celle qui est dépeinte dans Contagion, un drame scientifique déconseillé aux hypocondriaques.
Beth Emhoff revient d’un bref voyage d’affaires à Hong Kong. Est-ce l’effet du décalage horaire? Elle se sent faible et commence à exhiber tous les symptômes classiques de la grippe : toux creuse, nez qui coule, fièvre. Il ne s’agit malheureusement pas d’un virus ordinaire, et elle meurt dans les jours qui suivent. Dans différentes villes à travers la planète, d’autres personnes commencent à souffrir des mêmes symptômes, avant de décéder à leur tour. S’agit-il d’une vague d’encéphalite, de méningite, du H1N1 ou encore d’une attaque bactériologique? Le Center for Disease Control américain et l’Organisation mondiale de la santé lancent une enquête aux quatre coins du globe pour trouver le patient zéro et stopper cette épidémie dont les victimes se comptent rapidement par millions.
Contagion est un drame médical qui n’est pas sans rappeler les intrigues scientifiques vulgarisées des romans de Michael Crichton. Le scénario contient un souci de réalisme presque pédagogique, et utilise une mosaïque de lieux et de personnages pour illustrer les différentes facettes d’une pandémie, autant à l’échelle humaine qu’au niveau des tractations politiques internationales.
Malgré le sujet alarmiste, la réalisation de Steven Soderbergh demeure très sobre, mais efficace. L’éclairage jaunâtre ou bleuté qui domine l’ensemble des images donne une texture clinique au film et les plans rapprochés créent l’impression désagréable de partager la promiscuité de personnes contaminées. Il y a quelques scènes plus spectaculaires, comme des portraits d’émeutes ou de gymnases remplis de malades, mais le long-métrage ne mise pas sur le sensationnalisme pour susciter le malaise.
La plupart des comédiens dans Contagion disposent de peu de temps d’écran, mais la distribution est bourrée d’acteurs de talents qui donnent vie au drame, comme Marion Cotillard, Matt Damon, Laurence Fishburne, Elliot Gould, Jude Law, Gwyneth Paltrow (tellement malade qu’elle en perd tout sex-appeal) ou Kate Winslet. On retrouve plusieurs suppléments sur l’édition Blu-ray, qui viennent tous appuyer la réalité scientifique et la crédibilité derrière la fiction. The Reality of Contagion explique les faits bien réels qui ont inspiré le récit, The Contagion Detectives présente des professionnels de la santé, comme les épidémiologistes qui ont participé à la formation des comédiens. On peut aussi visionner le documentaire How A Virus Changes The World, réalisé dans le style rétro des films éducatifs présentés en classe dans les années 1950.
Sans rien sacrifier au niveau du divertissement, Contagion réussit à conscientiser le spectateur sur la transmission des virus et les répercussions d’une pandémie à l’échelle mondiale, une catastrophe qui, selon les chercheurs, n’est pas une question de «si» mais bien de «quand». Grâce à la parution Blu-ray/DVD, on peut enfin voir ce film captivant dans l’intimité de son foyer plutôt que dans une salle de cinéma remplie de microbes et de personnes qui toussent.
7.5/10
Dans la catégorie: Culturel
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