Lui, dans les ruines rouges du siècle

Hugo PRÉVOST

Il flotte une odeur de bortsch  et de vodka dans la salle du Théâtre d’Aujourd’hui. Le dramaturge et metteur en scène Olivier Kemeid a en effet décidé d’y monter sa grande fresque Moi, dans les ruines rouges du siècle, un regard perçant sur les aléas du comédien Sasha Samar à travers les bouleversements de l’Union soviétique.

Photo : Stéphanie Capistran-Lalonde

Père mineur dans les profondeurs ukrainiennes, puis employé d’usine et, enfin, liquidateur à la centrale nucléaire de Tchernobyl. Mère partie en quête de jours meilleurs alors qu’il avait trois ans… Le jeune Sasha apprend la vie à la dure, entouré des torts et des illusions d’un soviétisme gangrené et d’une vie de famille maussade et cruelle.

La pièce, basée sur les souvenirs quelque peu romancés du comédien – qui s’interprète lui-même -, dépeint les trais d’un homme forcé de rapidement devenir le chef d’une famille en décomposition. Belle analogie, d’ailleurs, avec cette mère Russie, elle aussi absente et craque de partout.

Sans s’encombrer d’un décor trop apparent, Moi, dans les ruines rouges du siècle fait plutôt reposer sa force et sa puissance sur les acteurs qui évoluent en son sein. Sasha Samar, bien sûr, mais aussi Robert Lalonde jouant un père dévasté par le départ de sa femme,  Annick Bergeron en mère tendre mais éloignée, sans oublier Geoffrey Gaquère et Sophie Cadieux, qui interprètent une pléthore de petits rôles.

Chapeau, d’ailleurs, à Mme Cadieux qui vole littéralement la vedette avec des personnages plus vrais que nature. Souvent hilarantes, parfois tristes, mais aussi poignantes, les apparitions de la comédienne viennent à la fois soulager la tension et, paradoxalement, jeter une chape de plomb sur un monde déjà en perdition.

Mi-fable politique et sociale, mi-récit de vie, Moi, dans les ruines rouges du siècle se veut le témoin d’une époque déjà trop rapidement oubliée. Ainsi fonctionne la grande marche de l’Histoire : toujours vers l’avant, quitte à revenir inconsciemment en arrière.

Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 4 février.

Dans la catégorie: À la uneCulturel

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