Des glaciers atteignent un point de non-retour
Hugo PRÉVOST
Alerte environnementale en Amérique du Sud : si la fonte des glaciers et le recul de ces mastodontes est un phénomène bien documenté depuis plusieurs décennies, un étudiant au doctorat en hydrologie des montagnes et son équipe ont découvert que cette disparition de la masse glaciaire représentait aujourd’hui un danger encore plus grand pour les populations vivant de l’eau dans ces régions.
Au bout du fil, Michel Baraer explique avoir découvert, en examinant des publications sur la question et des images satellites plus récentes remontant à 2002 et 2009, que les glaciers de la Cordillère blanche au Pérou présentaient non seulement un recul, mais que celui-ci s’accélérait. D’année en année, donc, les glaciers perdent un pourcentage plus important de leur surface.
Le chercheur dit également avoir constaté que le retrait de ces glaciers avait désormais un impact beaucoup plus important sur les populations avoisinantes vivant dans une région où il tombe une quantité infime de pluie par année. Les eaux d’écoulement des glaciers servent non seulement aux besoins essentiels, mais également aux activités commerciales et industrielles, comme l’agriculture.
« Il faut que vous sachiez qu’il y a deux types de saison dans les Andes : la saison sèche et la saison humide. Si les ressources en eau sont largement suffisantes lors de la saison humide, il en est tout autrement lors de la saison sèche, et les eaux des glaciers sont alors la seule source importante d’approvisionnement pour la population », explique M. Baraer. « C’est là qu’arrive le problème. Nous avons constaté que les glaciers ont atteint un niveau de fonte critique, ce qui fait qu’ils n’arrivent plus à fournir autant d’eau qu’avant. »
Quand un glacier recule, explique M. Baraer, il se produit une phase de déstockage, alors que la fonte des glaces libère une quantité d’eau plus importantes que d’habitude. Cette phase n’est toutefois que de faible durée, et les chercheurs ont la désagréable surprise de constater que, dans cette région du Pérou, où se situe la plus grande densité de glaciers de ce type, ce point de non-retour a été atteint de 10 à 40 ans plus tôt que prévu, précise M. Baraer.
Le chercheur de l’Université McGill rejette par ailleurs la solution consistant à puiser de l’eau du Pacifique pour la dessaler, expliquant que cela sera beaucoup trop coûteux pour être rentable. Il est encore plus impensable d’évacuer la région pour relocaliser les habitants à un autre endroit; tout d’abord parce que les amener plus en hauteur du bassin impliquerait des problèmes importants en matière de culture d’aliments, et, ensuite, parce que l’évacuation de millions de personnes est tout simplement impraticable.
« Ce phénomène est clairement causé par le réchauffement climatique », martèle Michel Baraer, qui stipule également que la tendance très lourde ne pourra pas être stoppée en-deçà de plusieurs décennies, voire des siècles. Il en est de même pour de nombreux autres glaciers de la planète, y compris en Asie, où plus d’un milliard de personnes dépendent des eaux glaciaires de l’Himalaya pour boire, cultiver et faire fonctionner de nombreuses industries.
Dans la catégorie: À la une • Science et Environnement
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