Huffington Post Québec : le choix des blogueurs sème la zizanie

Hugo PRÉVOST

La saga du Huffington Post Québec s’est poursuivie, vendredi, avec l’annonce des noms de huit blogueurs ayant accepté de prêter leur voix numérique à la version québécoise du média américain. La divulgation de ces noms a toutefois vivement fait réagir sur Internet et les réseaux sociaux, déclenchant même la colère du directeur des nouveaux médias de l’hebdomadaire Voir, Simon Jodoin.

Après l’annonce, cet automne, de l’arrivée d’une version québécoise du Huffington Post, ce média web américain récemment passé sous le giron d’AOL, l’entreprise avait révélé, la semaine dernière, avoir recruté Patrick White, jusqu’alors rédacteur en chef de Canoë.ca, une division de Quebecor.

Vendredi, donc, Anne-Caroline Desplanques, rédactrice en chef de ProjetJ, un site Internet destiné aux nouvelles touchant le monde du journalisme, a révélé le nom des huit premiers blogueurs a avoir accepté de publier leur opinion sur cette nouvelle plateforme que sera le HuffPost Québec, et ce gratuitement.

Parmi ces futurs éditorialistes, explique ProjetJ, on retrouve le député de Québec Solidaire, Amir Khadir, et le cofondateur et porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbault. M. Khadir sera accompagné de sa co-chef de Québec Solidaire, Françoise David, tandis que les écrivains Normand Baillargeon, Jean Barbe et Djemila Benhabib, ainsi que les actrices Évelyne de la Chenelière et Charlotte Laurier viennent compléter le tableau.

Cet ensemble de personnalités politiques, des lettres et de l’écran, fortement ancrées à gauche, tel que l’indique Mme Desplanques, a suscité la surprise, voir l’indignation chez certains utilisateurs des réseaux sociaux. Le site de microclavardage Twitter ne dérougissait pas, vendredi, de commentaires peu flatteurs envers quelques-uns de ces nouveaux blogueurs, particulièrement M. Khadir et Mme David, concernant leur accord de collaboration bénévole avec une machine médiatique ayant bâti son succès aux États-Unis sur l’apport de milliers de blogueurs bénévoles.

« Cette façon de faire vaut au site une poursuite du blogueur Jonathan Tasini qui réclame que les quelque 9000 contributeurs non rémunérés aux États-Unis soient payés pour la valeur qu’ils ont créée – le site a été acheté 315 millions de dollars par le groupe AOL. En mai, le syndicat américain Newspaper Guild a aussi appelé les collaborateurs du site à cesser de fournir leurs contenus gratuitement », rappelle ProjetJ dans son article.

La réaction la plus virulente provient toutefois de Simon Jodoin, directeur des nouveaux médias de l’hebdomadaire culturel Voir, qui a vertement accusé MM. Khadir et Barbe, pour ne nommer que ceux-ci, d’avoir retourné leur veste en matière de convictions politiques. Sous une photo provenant d’une filature de vêtements sans doute située en Asie du Sud-Est, M. Jodoin déclare : « Mais que Amir Khadir, et Françoise David et les autres choisissent de faire du bénévolat pour AOL, America Online, une compagnie qui rachète pour 315 millions de dollars US un média dont le modèle d’affaire repose purement et simplement sur le travail gratuit de milliers d’internautes afin de maximiser les profits des investisseurs, ça dépasse l’entendement. On croirait halluciner. »

M. Jodoin explique toutefois qu’il supervise lui-même deux médias, le Voir et le magazine culturel BangBang, qui font tous deux appel aux contributions gratuites de ses lecteurs pour publier du contenu et diffuser des opinions.

S’en prenant à Jean Barbe, un écrivain s’étant associé à la cause des « indignés », il l’accuse d’oeuvrer en faveur d’un modèle d’affaires profitables pour les actionnaires et exportable dans l’ensemble des pays, et ce au détriment des employés « qui travaillent pour des pinottes ou pour rien ».

Pour Colette Brin, toutefois, professeure en journalisme à l’Université Laval, la récolte de blogueurs vedettes lui semble à première vue « très prometteuse ». La réaction de Simon Jodoin lui fait d’ailleurs penser que le Huffington Post Québec « pourrait être un concurrent sérieux pour Voir« .

S’en prenant également aux gens affirmant que l’arrivée de la branche québécoise du géant américain nuira aux médias locaux, elle dit plutôt s’attendre à ce que cette implantation vienne stimuler le « petit milieu journalistico-politique québécois, ce qui ne serait pas inintéressant à l’approche d’une campagne électorale » qui pourrait avoir lieu en 2012.

Rappelons que la version québécoise du HuffPost doit débuter ses opérations à la mi-janvier 2012.

Dans la catégorie: À la uneSociété

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