Adoption du plan de développement durable à Montréal : les réactions abondent

Josie DESMARAIS

Après plusieurs semaines de consultations publiques et près de 350 mémoires recueillis, le 9 décembre dernier la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a finalement adopté son plan d’aménagement et de développement (PMAD).Vingt-sept des 28 membres du Conseil ont voté en sa faveur, dépassant l’exigence des deux tiers pour adopter le plan; seul le maire de Vaudreuil-Soulanges s’y est opposé.

Plus de 80 municipalités de la grande région de Montréal sont maintenant rassemblées autour des même idéaux et balises concernant le développement des deux prochaines décennies. Le plan vise à concentrer l’effort d’urbanisation sur les territoires déjà disponibles, pour contrer la progression de l’étalement urbain. La CMM juge qu’il y a assez de ces espaces pour accueillir la croissance démographique des 20 prochaines années. En cas de situations particulières, le PMAD pourra accepter des demandes de dézonage, suivant certaines contraintes. Faisant fi de la demande de plusieurs organismes québécois, le gel des terres agricoles demeurera sur une période de cinq ans seulement. Ces même organismes seront toutefois réjouis de voir qu’une ceinture verte est prévue afin de protéger les boisés autour de la zone métropolitaine. Cette zone forestière qui était fixée à 12 pour cent, passe maintenant à un total de 17 pour cent.

Les réactions

Les corporations de développement économique communautaire (CDÉC) voient le Plan comme un outil qui aidera les communautés régionales à se développer de façon plus compacte, en utilisant mieux les ressources et l’espace. Le regroupement salue la mise en place de la ceinture verte et des corridors verts, tel que le demandaient d’ailleurs la CDÉC et un regroupement de 23 organisations québécoises dans leur mémoire respectif. «Il est clair qu’en préconisant de freiner l’étalement urbain et en visant à encadrer l’urbanisation selon les principes de l’aménagement durable, le PMAD appelle à la constitution d’une société plus compacte. Celle-ci sera alors davantage préoccupée par une utilisation plus optimale de l’espace et des ressources disponibles», explique Denis Sirois, directeur général de la CDÉC Centre-Nord.

Dans le même état d’esprit, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain est satisfaite de l’adoption d’un grand outil de développement économique. «Le PMAD favorisera un développement plus dense, plus harmonieux et mieux arrimé aux infrastructures de transport en commun. C’est une excellente nouvelle pour les entreprises qui bénéficieront d’un environnement plus propice à la fluidité des transports et aux économies de coûts», a commenté Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce. Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville, affiche quant à lui certaines craintes. Rien dans le PMAD n’assure que les prochains projets de développement ne suivront pas le même modèle qu’auparavant, peu dense et axé sur le transport en automobile. «Seul un virage en aménagement du territoire permettra au Québec de juguler l’augmentation des budgets d’infrastructures publiques, d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’améliorer la santé publique et de préserver les milieux naturel», écrit-il dans son communiqué.

Comme bon nombre d’organisations, l’Union des producteurs agricoles (UPA) demandait aussi à ce que le gel du dézonage agricole s’étende jusqu’en 2031. Elle répète que les terres agricoles ne représentent que deux pour cent du territoire québécois et sont principalement concentrées dans le Grand Montréal. Contredisant l’avis de la CMM, l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec (APCHQ) est quant à elle inquiète devant la possibilité d’une pénurie de terrain. «Nous allons passer d’un état de rareté à un état de pénurie des terrains, ce qui se traduira par une hausse du prix de l’immobilier, qui sont déjà très élevés dans le secteur résidentiel», prévient-elle dans un communiqué.

Vaudreuil-Soulages, désavantagée

Seule la municipalité de Vaudreuil-Soulages n’a pas voté en faveur du PMAD. En effet, elle y trouve de grands inconvénients et craint un éparpillement de ses institutions. Dans son mémoire, Vaudreuil-Soulages demandait un pôle régional afin de regrouper des services en santé, transport, éducation et du gouvernement autour de l’hôpital. Un tel pôle est absent du Plan final, ainsi que la plupart de ses recommandations, se désole Guy Pilon, représentant de Vaudreuil-Soulages à la CMM : «On va finir par construire n’importe quoi, n’importe où, et l’hôpital risque de se retrouver entre deux usines! Il s’agit clairement d’un manque de vision de la part de la CMM. Notre projet respecte les objectifs poursuivis par le PMAD en matière de densité, d’attractivité, de compétitivité et de développement durable. La vision de la CMM pour le développement du territoire de Vaudreuil-Soulages est davantage chaotique que cohérente.»

Dans la catégorie: Science et Environnement

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