Yvonne, déconcertante dame
Jeanne DAGENAIS-LESPÉRANCE, collaboration spéciale
Un laideron aphasique prénommé Yvonne crée une commotion au sein de la cour de Bourgogne lorsque le prince héritier Philippe décide de s’y fiancer. S’ensuivront conséquemment fureur, frustration, cruauté et folie chez les courtisans et personnages royaux, tentant tous l’impossible : conformer cet «autre» trop dérangeant à «soi».
Écrite par Witold Gombrowicz en 1939, la pièce Yvonne, princesse de Bourgogne offre un regard intéressant et toujours actuel sur le rapport humain à la différence et à l’étrangeté. La jeune compagnie de Théâtre Point d’Orgue offre donc dans la salle du Théâtre Prospero une plongée dans les tares du comportement humain en société. Bref, une prémisse fascinante est avancée certes, mais qui ne se trouvera pas généralement supportée par un jeu théâtral à la hauteur du texte.
Markita Boies rayonne dans son rôle de reine de Bourgogne, et porte à elle seule la pièce. Sa scène de folie réussit à porter le tragique à un niveau de ridicule hilarant, sans toutefois tomber dans la farce clownesque. Ariane Lacombe dans le rôle d’Yvonne offre une interprétation émouvante d’un personnage essentiellement silencieux et vu principalement de dos. Elle habite complètement le corps de son personnage et réussit ainsi à faire ressentir chez l’audience un éventail d’émotions allant de la pitié à la colère, à l’image des membres de la cour de Bourgogne. Les autres comédiens offrent une interprétation correcte quoique un peu forcée de leur personnage, tombant parfois dans l’exercice de diction. En effet, l’attention des comédiens paraissait tellement portée sur leurs tirades qu’ils en oubliaient de bouger leur corps par moment ou se rabattaient sur des mouvements forcés. Les mouvements de chœur, un peu déréglés au début, semblent heureusement plus synchronisés vers la fin.
La scénographie toute de blanc de Karine Galarneau sert magnifiquement la pièce. Des teintures blanches en tissu extensible constituant les murs créent non seulement de superbes ombres, mais peuvent aussi se déformer. Il devient alors possible, entre autres, de voir les visages des personnages se cachant pour en espionner d’autres à travers les murs, le tissu devenant ainsi un masque moulant les traits des comédiens.
Les costumes reflétant une mode contemporaine et des chorégraphies sur fond de musique techno tendent de donner une touche «jeune » à la pièce, mais n’ajoute franchement rien au propos. Les jeunes demoiselles se retrouvent donc à porter des robes à la longueur inversement proportionnelle à la hauteur de leurs plates-formes, dignes des pires clubs de Crescent. De jeunes premiers en American Apparel déclinant un texte en français soigné sur fond de musique de rave paraît un peu déjà vu : et voilà une énième interprétation plus «actuelle» d’un texte classique.
Somme toute, le Théâtre Point d’Orgue réussit à faire découvrir un auteur intéressant, mais ne s’affirme pas dans la nécessité de mettre cette pièce sur scène pour prouver l’actualité du propos. Lire Gombrowicz, d’accord. Aller le voir jouer, bof.
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: comédien, comédiens, comportement humain, Culturel, drame, étrangeté, exclusion, jeu, laideur, markita boies, pièce, pièce de théâtre, prospero, théâtre, théâtre point d'orgue, théâtre prospero, yvonne de bourgogne
