Cinémania – La politique, cette meurtrissure permanente

Émilie PLANTE

L’exercice de l’État, c’est la politique vue de l’intérieur, dans les coulisses d’un monde où tout va souvent trop vite, où les hostilités, la perpétuelle gestion des crises et les luttes de pouvoir font partie du lot quotidien de la classe politique.

En guise de scène d’ouverture, Pierre Schoeller nous a concocté une saisissante séquence un peu surréaliste qui tranche avec le reste du film : des personnages cagoulés et drapés de noir procèdent à l’installation de meubles et de divers articles de bureau dans une luxueuse pièce. Puis, une femme y entre, nue, provocante, et se glisse voluptueusement à l’intérieur d’un crocodile. Le personnage principal du récit, politicien de métier, se réveille alors, ébahi, en érection. Cette scène, forte de son symbolisme qui mêle érotisme et affaires d’État, évoque à la fois le pouvoir comme objet de désir et cette bête fascinante qu’est la politique. Une bête qui aura tôt fait de dévorer ceux qui s’y risquent.

Après cette étonnante amorce, l’histoire débute par une des nombreuses crises que devra désamorcer le cabinet du ministre des Transports. Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet) est réveillé au beau milieu de la nuit par Gilles, le directeur de son cabinet Gilles (Michel Blanc). Un drame effroyable s’est produit : un autocar est tombé dans un ravin, tuant une douzaine de passagers, dont des enfants. Saint-Jean  s’y rend, plus par devoir que par choix, et adresse quelques mots aux médias, sous l’œil attentif de Pauline, sa chargée de communications (Zabou Breitman, habile), qui l’accompagne dans tous ses déplacements.

Opposé à un projet de privatisation des gares françaises, Saint-Jean devra tout de même se plier aux décisions internes de son gouvernement. Mais l’homme pour qui «la réalité ne compte pas», car «c’est la perfection qui compte», doit néanmoins se résoudre à adopter des positions qui n’émanent pas de son cabinet pour ne pas se faire montrer la porte. Dans  L’exercice de l’État, les personnages imaginés par Schoeller comparent la politique à une «meurtrissure permanente» et ils n’ont pas tort…

Au-delà de la politique

Très actuel, au rythme rapide et captivant, L’exercice de l’État va au-delà de la politique. Ce qui se déroule également devant nos yeux, c’est une période chamboulée de la vie du ministre des Transports, qui, de son propre aveu, n’a pas d’amis. Plongé presque jour et nuit dans tous ces combats et ces crises qu’il doit mener sur tous les fronts, il néglige sa famille et n’est proche finalement que de ses collaborateurs.

À l’instar de Pater, également présenté au Festival Cinemania, il s’agit d’un film éminemment masculin, à hauteur d’homme, qui présente avant tout l’être derrière le politicien. Car Saint-Jean n’est pas qu’un politicien sans âme, «flou», comme lui fait remarquer Pauline, il est également un être humain doté de sentiments, comme en fait foi notamment la scène extrêmement poignante de l’accident de voiture.

Après avoir fait plusieurs tonneaux sur un tronçon de route non encore inaugurée, le ministre, qui réussit tant bien que mal à sortir de la voiture renversée, se dirige vers son chauffeur qui a été projeté loin devant. Kuypers, son chauffeur, a eu la jambe sectionnée et a succombé à ses blessures. Un peu plus tard, sur son lit d’hôpital et entouré des membres de son cabinet, Saint-Jean prépare un discours en hommage au défunt. L’épouse de Kuypers refuse toutefois que le ministre prononce un éloge funèbre, désirant conserver un profil bas lors de la cérémonie. Malgré tout, le politicien, présent aux funérailles, récite à voix basse l’allocution qu’il avait préparée pour Kuypers.  Malgré la froideur de la chose politique, Schoeller nous présente ainsi une facette différente d’un homme qui n’est pas indifférent.

Par moments un peu cynique, L’exercice de l’État semble également truffé de phrases toutes faites. Le film propose tout de même des joutes verbales fort savoureuses et quelques scènes où l’humour offre un contrepoids aux moments plus tragiques. Soulignons également la performance hors pair d’Olivier Gourmet et la présence tranquille de Michel Blanc, qui interprètent tous deux brillamment leurs personnages.

Dans la catégorie: À la uneCinémania 2011Culturel

Mots-clef: , , , , , , , , , , , , , , ,

Répondez




Afin d'ajouter une photo à vos commentaires, veuillez obtenir un identifiant Gravatar.