Cinémania – Pater : la politique et le cinéma, entre fiction et réalité

Émilie PLANTE

Comment décrire Pater d’Alain Cavalier? Un peu déroutant, ce film en mode expérimental et intimiste nous fait entrer dans le quotidien de deux politiciens qui partagent convictions, repas et confidences. Pater est une œuvre où la politique et le jeu s’entrecroisent constamment, même si, au final, ce n’est pas tant la politique qui est au centre du récit.

Dans Pater, Cavalier est à la fois le réalisateur, l’acteur et le «filmeur», titre qu’il aime bien se donner. Il y interprète le Président de la république française, qui, au terme de son mandat, choisit son Premier Ministre (Vincent Lindon) afin d’élaborer une loi sur les salaires. Car tous deux partagent le même rêve de réconciliation entre « ceux qui n’ont pas grand-chose et ceux qui en ont un peu plus ». Mais les deux hommes finiront par ne pas s’entendre sur la question. Les deux collaborateurs deviendront rivaux malgré les liens qui les unissent, comme un fils qui s’émancipe de son père.

Déniché par l’équipe du Festival Cinemania lors de la dernière compétition à Cannes où il a été longuement ovationné,  Pater étonne. Différent, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, Pater est une œuvre intimiste au rythme lent, qui donne à voir les échanges entre un Président, son principal bras droit et quelques acolytes. Un film d’hommes, essentiellement, où il est question de relations père-fils, plus au sens figuré qu’au sens propre.

Tout au long du film, les scènes fictives sont entrecoupées de scènes où Cavalier et Lindon bavardent sans camper leurs personnages. Ils discutent quelquefois de leur façon d’aborder et de préparer la séquence suivante. De plus, protagonistes et acteurs partagent les mêmes prénoms. Tourné un peu à la manière d’un «documenteur»,  on ne sait pas toujours très bien où s’arrête ni où commence la fiction. Mais c’est peut-être ce qui fait le charme du film, finalement.

La réalité du cinéma

On entend souvent la voix hors champ de Cavalier qui commente, sans trop savoir si c’est le Président qui s’exprime ou alors le réalisateur qui présente la scène qui se déroule devant nos yeux. Caméra à l’épaule, Cavalier et Lindon se filment, souvent tous deux sur un même pied d’égalité, à la fois hommes, acteurs et faux politiciens. Telle une relation père-fils, la relation entre le Président et son Ministre et, par extension, entre Cavalier et Lindon, est bien tangible.

Il y a dans la manière de filmer d’Alain Cavalier quelque chose de vrai, de réaliste. La scène finale, où le Président qui a perdu ses élections tend à son successeur une épinglette qu’il gardait jalousement sur son veston, est très évocatrice. D’autant plus évocatrice que les deux hommes, qui se filment mutuellement, abordent la question de la réalité au cinéma, ce à quoi Lindon répondra en fin de compte: «c’est du cinéma, c’est vrai puisque c’est un film».

Dans la catégorie: Cinémania 2011Culturel

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