Marc-André Hamelin et l’OSM : mission accomplie !
Xavier PROULX
Le pianiste et virtuose québécois Marc-André Hamelin peut dire mission accomplie. Et par le fait même, l’OSM également. C’est que Hamelin et Maestro Nagano viennent de terminer une semaine de concerts parfaite à tout point de vue.
De retour d’un accueil triomphal à la philarmonique de Berlin, Hamelin terminait hier à Montréal une série de concert interprétant la Ballade de Fauré et les Variations Symphoniques de Franck. Deux œuvres rarement jouées, mais élégantes, nuancées et riches en sensibilité. Et celle-ci était bien perceptible du haut des gradins de la Maison Symphonique de Montréal.
Les Variations Symphoniques de Franck démontraient un tel chromatisme et une telle sensibilité que la complicité entre Nagano et Hamelin relevait de l’évidence même. Pendant le Molto, la subtile marche du piano répondait gracieusement à la flute traversière et au violoncelle dans un jeu particulièrement sensible, aux couleurs de l’automne. Un moment de contemplation ravissant, triste et incroyablement cinématographique, aux aigus montants, qui une fois mélangés aux graves des violoncelles, chutait jusque dans un triolet enjoué, pour finalement annoncer l’allegro. Ce faisant, un grand moment de musique aura à notre avis été vécu durant un concert de l’OSM.
L’interprétation de l’œuvre de Fauré nous sembla par ailleurs plus fade. Normal, puisque la touche de Fauré et ses nuances relèvent justement d’un intellect pratiquement anti-spectaculaire. Il n’en demeure pas moins que le jeu d’Hamelin fut chaudement ovationné par les spectateurs.
D’autre part, ces derniers jours la critique se sera beaucoup étonnée que l’OSM n’aura pas donné à Marc-André Hamelin un programme plus musclé, lui permettant de démontrer sa virtuosité en grande pompe sur la scène Montréalaise. La Ballade et ces Variations nous dépeignîmes pourtant un interprète extraordinaire, alors que le contrôle de la subtilité du jeu imposé par Franck et Fauré vaut tout autant que le plus vendeur des grands concertos du répertoire pour piano.
Quant à l’ouverture du concert et la Symphonie no 5 de Schubert avec ses couleurs printanières, on en retiendra surtout un exemple de l’acoustique extraordinaire de la Maison Symphonique. Le moindre accent de graves nous était immédiatement et physiquement restitué. À travers ces mouvements, évoquant l’univers de la Flûte Enchantée de Mozart, on pouvait percevoir une nette maitrise des capacités techniques de la salle. Le concert se terminait de manière symétrique par la symphonie en do majeur de Bizet. En effet, on y perçoit un écho intéressant à l’œuvre de Schubert jouée en ouverture. L’adagio et son solo de hautbois relevaient d’une élégance rarement égalée, aux couleurs des bois, grandiose et appropriée. Un délicieux leitmotiv ponctué des traits d’archet riches et poignants des contrebasses de l’allegro vivace, admirablement restitués par l’acoustique de la nouvelle salle, elle aussi toute de bois vêtue.
Bref, les mélomanes auront peut être bien entendu une des programmations les plus cohérentes de ce que l’OSM offrira cette année. On aura pu aussi apprécier une facette rarement exploitée de la virtuosité d’un pianiste de la trempe d’Hamelin. Il est cependant dommage que cet éclat de génie pianistique se soit en quelque sorte fait noyer à travers deux symphonies en soi déjà terriblement solides. En ce sens, les pièces de piano respiraient peu au travers de cette programmation. Afin de laisser parler davantage l’instrument, il aurait peut être été préférable de supprimer une des deux symphonies du programme et ainsi raccourcir la présentation qui dura tout de même trois bonnes heures sans laisser de réel moment de répit à la suite de la performance de Marc-André Hamelin. On en retiendra tout de même un concert d’une grâce rarement égalée qui restera définitivement gravé dans les mémoires.
Schubert: Symphonie n° 5. Boulez: Dérive 1. Fauré: Ballade. Franck: Variations symphoniques. Bizet: Symphonie en do. Marc-André Hamelin, Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal.
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