Bras de plomb : exercice de transmission renouvelé

Émilie PLANTE

L’Agora de la danse accueillait mercredi dernier un solo de Paul-André Fortier, interprété par Simon Courchel et se déclinant en quatre courts tableaux. Bras de plomb, qui a été créé par Fortier au début des années 1990, en collaboration avec l’artiste visuelle Betty Goodwin, a en quelque sorte été légué au danseur français près de vingt ans plus tard, afin que cette superbe création puisse perdurer.

Photo : Robert Etcheverry

La compagnie de Paul-André Fortier, Fortier Danse-Création, célèbre son trentième anniversaire en faisant renaître sur scène une œuvre issue de l’imaginaire du chorégraphe qui en était également l’interprète. Bras de plomb, dont les décors et les costumes initiaux ont été conçus par Betty Goodwin, se veut aujourd’hui un hommage à l’artiste décédée en 2008.

Derrière un filet qui sépare les spectateurs de la scène, des images lumineuses rappelant des objets qui ornent l’espace du danseur sont projetées entre chacune des quatre parties du spectacle. La scène, meublée par quelques objets, est en quelque sorte un vaste terrain de jeu pour le danseur, seul au milieu de cet espace qui se couvre tour à tour de noirceur et de filets de lumière. Le corps du danseur évolue dans cet espace avec fluidité, s’éloignant,  se rapprochant et se fusionnant presque parfois aux éléments qui font office de sobre décor.

Bras de plomb raconte, d’une certaine façon, une histoire présentée en quatre temps. Au tout début, Courchel entre sur scène, les bras nus, blancs et libres, évoquant une certaine pureté. Le deuxième tableau propose des bras presque incapables de se mouvoir, retenus au veston du danseur par des sangles. Ce dernier doit alors utiliser tout le reste de son corps comme moyen d’expression.  La séquence suivante présente l’homme munis d’énormes manches tubulaires. Emprisonnés par ces bras de plomb, ses mouvements plus empâtés, sont empreints d’une certaine lourdeur, sans doute voulue. En fin de spectacle, les bras de Courchel, recouverts d’une peinture dorée, s’affranchissent en quelque sorte, en tournoyant sans presque jamais s’arrêter, comme si l’homme cherchait à s’envoler.

Le spectateur se sentira quasi hypnotisé par cet ondoiement des bras, cette gestuelle par moments incessante, mais parfois aussi impuissante, réduite à quelques faibles impulsions. Le danseur, qui use de ses jambes avec autant d’agilité qu’il le fait avec ses bras, habite la scène en la traversant de manière fluide et en enchaînant des mouvements d’une gracieuse justesse.

Simon Courchel semble avoir fait un excellent travail d’appropriation en redonnant vie à la chorégraphie de Fortier, qui a réussi à lui transmettre à la fois sa flamme et sa grâce.  On le sentait très concentré sur la scène de l’Agora de la danse lors de la première du spectacle à laquelle Fortier assistait, mais nul doute que Courchel a grandement appris de sa collaboration avec Fortier.

Dans la catégorie: Culturel

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