Récits de juin au coeur d’une folle normalité
Hugo PRÉVOST
L’homme est célèbre, mais passerait sans doute inaperçu si vous le croisiez dans la rue. Sur les planches de l’Usine C, Pippo Delbono, dans Récits de juin s’expose, se met à nu. Le danseur et homme de théâtre italien raconte sa propre vie dans une magnifique pièce dénuée de tous les artifices, avec seulement ce comédien vidant ses tripes sur le plancher, tel un animal dont on expose les entrailles.
Il respire fort dans son micro. A un français dérapant teinté d’italien, et même parfois d’espagnol. Se bat même avec son pied de micro récalcitrant. Il n’empêche, sous ses apparences d’homme de tous les jours, Pippo Delbono est une bête de scène. Une bête au sens propre, alors que l’on découvre l’animal, le monstre, l’esprit blessé, détruit, reconstruit, solidifié au fil des ans.
Tel un propriétaire faisant découvrir un immense château aux couloirs tordus et aux recoins sombres, Delbono présente sa vie sans fioritures, de ses premières armes au théâtre à ses rencontres avec des têtes couronnées et d’autres célébrités. De son contact avec un asile psychiatrique, il en tirera son spectacle Barboni, donné pour la première fois à Naples en 1997, qui aura un succès magistral.
Pippo Delbono, en fait, se fait l’ami des rejetés, des parias d’une société hurlant en silence pour que l’on fracasse sa façade de normalité à grands coups de masse.
Plus le spectacle progresse, plus la réalité s’impose; celle d’un univers terrible et magnifique, où les mots ont le pouvoir d’armes nucléaires qui explosent dans la tête des spectateurs. On devine toute la détresse de Delbono, particulièrement lorsqu’il rappelle l’époque où une infection virale l’a privé de plusieurs réflexes moteurs très importants, comme la capacité de marcher.
De cet homme bedonnant au souffle court et au français imparfait, il ressort un comédien parfait de par ses défauts inhérents, un ambassadeur d’un monde nouveau où les émotions sont criées pour mieux s’en imprégner, où le chaos détrône facilement la normalité.
Récits de juin, jouée à l’Usine C jusqu’au 29 octobre.
Dans la catégorie: Culturel
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