FNC – Notre jour viendra, le choc à la sauce Gavras
Hugo PRÉVOST
Nous aurions dû le savoir, forcément. Après tout, l’acteur et réalisateur franco-grec Romain Gavras n’en est pas à son premier coup d’éclat sur l’écran, qu’il soit petit ou grand. Mais avec Notre jour viendra, projeté mercredi soir au Festival du nouveau cinéma – projection à laquelle assistait d’ailleurs M. Gavras -, le geste porte. Le film peut à la fois appeler au génie comme à l’imposture. Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en…
Fils du célèbre Costa-Gavras, le jeune (ou plus tout jeune, tout de même) Gavras a acquis une partie de sa renommée en tournant des vidéoclips souvent décriés pour leur violence extrême et particulièrement dérangeante. On lui doit, entre autres, le clip de la chanson Stress de l’album Cross de Justice, où des adolescents jouent aux casseurs en banlieue française (Romain Gavras réalisera plus tard le film de la première tournée du groupe, A Cross The Universe).
Il a également réalisé le clip Born Free de M.I.A., où est dépeinte une société américaine dystopique qui emprisonne, torture et massacre ses citoyens roux. Ces roux sont d’ailleurs au centre de Notre jour viendra, où un jeune adulte roux, interprété par Olivier Barthelemy, se révolte contre la société qui le moque et le discrimine, aidé en ce sens par un psychologue joué par Vincent Cassel. Les deux embarqueront dans un improbable périple vers… l’Irlande, terre rousse de liberté.
Le long métrage, sortit en 2010 en France et récoltant moins de 35 000 entrées en salle, fait autant rire que pleurer. Si la question de l’exclusion sociale est effectivement abordée, le tout dégénère rapidement dans un festival d’absurdité et de violence gratuite. Pour « libérer » son protégé, le personnage de Cassel, Patrick, le force à se battre contre des gaillards à la mine patibulaire. De là, le scénario est en pente descendante jusqu’à l’apothéose de l’incompréhensible : Olivier Barthélémy qui se baigne avec sa robe de chambre dans une piscine d’hôtel, une arbalète chargée dans les bras, tandis qu’un Vincent Cassel à la barbe grisonnante tente de séduire de jeunes femmes aux seins nus. Le tout sous la supervision d’une petite fille rousse en maillot de bain!
On ne sait trop comment décrire ce film. Vidéoclip de 95 minutes? Grand fantasme cinématographique d’un réalisateur en manque d’éclat? Coup de génie pour la race rousse? Plus sérieusement, disons franchement que le tout a davantage l’air d’un projet de weekend dont les ambitions ont dépassé le cadre. Romain Gavras a du talent pour surprendre et choquer, certes, mais parions que Notre jour viendra ne restera pas dans les annales.
Dans la catégorie: À la une • Culturel • FNC 2011
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