L’empire du Milieu à la TOHU
Antoine VALLIÈRES
La Chine et le kung-fu ont pris d’assaut le quartier Saint-Michel mercredi soir, pour la présentation du spectacle Chi of Shaolin : Tale of the Dragon. La foule, stupéfaite et émerveillée, a pu découvrir l’incroyable talent et l’immense discipline de la troupe orientale, savamment dirigée par Guy Caron, un des pionniers du célèbre Cirque du Soleil.
La prémisse de base était simple : marier cirque et arts martiaux. Yan Yan Zhao, créatrice et productrice du spectacle persiste, et signe avec sa seconde création. C’est avec une grande habileté qu’elle est parvenue à mettre en lumière parallèlement la force, l’agilité et le contrôle inégalé des disciples de l’École des moines de Shaolin et la finesse, la grâce et l’élégance des acrobates chinoises. C’est de concert avec son collègue et ami Guy Caron, le premier directeur artistique du Cirque du Soleil, dont le mandat était d’intégrer de l’émotion et une trame narrative à l’ensemble, que Yan Yan Zhao a concocté et préparé le spectacle. Si c’est assurément mission accomplie pour l’émotion, qui était palpable et ressentie par le public, on ne peut en dire autant de l’histoire, qui, un peu simpliste, sert à imbriquer les numéros les uns dans les autres.
Cela dit, la foule est conquise dès les premiers instants, notamment grâce à la brillante contribution de Scott Price, directeur musical, alors que coups de pieds, pirouettes et autres cascades se succèdent à un rythme effréné. La troupe est composée de huit hommes, maîtres en arts martiaux, et de cinq femmes, acrobates et danseuses. Fidèles aux traditions chinoises, les artistes masculins épatent par leur force et leurs habiletés physiques, tandis que les dames charment par leurs danses gracieuses, féériques et leurs incroyables capacités de manipulations d’objets.
Tout au cours du spectacle, ce contraste entre les prestations masculines et féminines sert à garder le spectateur sur le qui-vive. La première partie du spectacle comporte en alternance de multiples chorégraphies d’arts martiaux, de la poétique danse de paon, des numéros d’ombres chinoises et d’antipodisme (manipulations et lancers) de tissus. En seconde partie, après l’entracte, le spectateur est ébloui par des numéros de combat, de cassage de pierre et de métal (!), d’équilibrisme, de diabolos et d’antipodisme avec tambours.
Le spectacle est composé de nombreux numéros d’exception. Sans l’ombre d’un doute, cette brillante scène de combat à huit hommes, où s’entrechoquent doubles couteaux, cordes à pointe de flèche, épées chinoises et autres bâtons d’attaque en bois impressionne. La rapidité des coups et le rythme des mouvements est telle que le spectateur, subjugué, ne sait plus où donner de la tête. Un véritable combat de Bruce Lee et Jackie Chan en temps réel, sans montage! Le numéro de l’incroyable Ying Gu n’est pas en reste. Dans toute son aisance, elle arrive à enchaîner les contorsions les plus invraisemblables avec, banalement, pas moins de cinq chandeliers à la fois! Cette virtuose de la manipulation brille de tous ses feux en exécutant un rouleau complet sur le ventre et le dos en ayant, en équilibre sur la tête, dans les mains et dans les pieds, plus d’une centaine de chandelles allumées.
Et ça continue! Dans un tout autre type de numéro, un des disciples Shaolin suscite les ébahissements de la foule, alors qu’il se tient en équilibre sur la lame d’une seule lance. La difficulté de l’épreuve en soi ne semble avoir d’égale que la douleur de la marque qui paraîtra sur le ventre de l’artiste.
Ce spectacle constitue un divertissement de haute qualité et hors du commun pour toute la famille. Même les petits y trouveront leur compte avec les démonstrations des différentes techniques de kung-fu à l’image vivante d’animaux (grenouille, tigre, faucon et serpent), ou encore avec le numéro de dragon humain poilu, qui ressemble à un grand chien géant que l’on aimerait caresser. Il est à noter que mis à part les numéros d’antipodisme et de diabolos, Chi of Shaolin s’apparente peu aux spectacles de cirque traditionnels, et encore bien moins aux spectacles de cirque contemporains, moins bruts et plus théâtraux. La TOHU innove de nouveau en osant sortir de ses racines circassiennes pour présenter une œuvre aux couleurs différentes. Et cette différence n’est absolument pas une raison de se priver du plaisir coupable et assumé de réveiller son ninja intérieur (mais chinois, bien sûr!), le temps d’une soirée…
Dans la catégorie: Culturel
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