Antoine Desilets – Pour l’amour de la photo
Xavier PROULX
Antoine Desilets, c’est la poésie de la photographie au quotidien. À travers les pages de ce nouveau recueil, on saisira l’âme de pédagogue du photographe pour qui «ce qui compte, c’est le regard, c’est la photo». Nul besoin d’un appareil sophistiqué pour réussir à transmettre une émotion par l’image; c’est à travers ses publications et l’attention médiatique qu’il attirait qu’il a pu populariser cette vision des choses. De fait, une génération entière aura suivi ses conseils et se seront intéressés au médium grâce à une série de publications pour débutants au cours des années 70. Antoine Desilets, c’est un peu le biberon de la photographie au Québec, et ce n’est pas rien. C’est d’ailleurs en son honneur que le prix Antoine-Desilets récompensant chaque année la meilleure photographie de presse au Québec a été créé.
Dans ce nouveau livre, on revisite les grands classiques principalement publiés dans La Presse entre les années 1960 et 1980. Bernard Brault, photographe professionnel, en signe la préface. Le voyage dans le temps et la qualité des tirages en noir et blanc séduit. On comprendra que sous des clichés anodins de la scène de rue, c’est toute une époque révolue qui défile sous nos yeux. René Lévesque, les Beatles au Forum, Maurice Richard, et tant d’autres moments…
Rappelant parfois l’œuvre de Cartier-Bresson – avec qui il a d’ailleurs exposé à Terre des Hommes – Désilets était aussi reconnu pour la qualité de ses compositions et de ses traitements en chambre noire. Bien avant Photoshop, c’est toute la nuit qu’il perfectionnait des tirages en chambre noire pour les vendre comme pigiste le lendemain matin.
Si l’on mentionne la qualité de la prise de vue pour les scènes d’époques, n’oublions pas non plus de mentionner que l’œil exceptionnel de Desilets lui aura servi pour la photographie d’architecture et de scènes plus urbaines. Le contre-jour et la réflexion, voilà son leitmotiv, même pour la plus banale des scènes. Les réflexions des «deux soleils» de la Place Ville-Marie lui auront d’ailleurs valu le prix du concours des photographes professionnels du Canada en 1975. Bref, dans chaque scène anodine, Desilets y mettait de sa magie dans le traitement de l’image, et c’est ce qui le distinguait des autres. Bien entendu, chaque effet de chambre noire est aujourd’hui reproductible via le médium numérique. Mais à l’heure de l’instantanéité de l’information, combien de photographes de presse composent et traitent aujourd’hui leurs images sous un œil aussi abouti?
Dans la catégorie: Société
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