Un héros, une soprano et un chef

Martin PRÉVOST

Paraissait récemment sur étiquette BIS, sous le numéro BIS-SCAD-1880, un album regroupant deux œuvres de Richard Strauss, dirigées par Yannick Nézet-Séguin à la tête de l’Orchestre philarmonique de Rotterdam, dont il est le directeur musical.

La première œuvre, intitulée Une vie de héros (sous le titre original Ein Heldenleben) est un poème symphonique racontant la vie de… Strauss lui-même. En toute modestie! Quoi qu’il en soit, ces multiples épisodes, réunis en une seule œuvre, nous permettent aisément de mesurer tout le talent de deux grands artistes : Richard Strauss d’abord mais aussi Yannick Nézet-Séguin.

Parlons de l’œuvre d’abord. On y retrouve toute la palette symphonique qu’on pouvait obtenir d’un orchestre, du vivant du compositeur, avec encore un peu plus. En effet, malgré que Strauss soit toujours demeuré un grand compositeur romantique (oui, oui!), il a aussi été un précurseur, particulièrement dans l’utilisation des possibilités presque infinies qu’offre un grand orchestre. L’évolution de l’interprétation musicale a fini par permettre de tirer le maximum des partitions d’un maître complet comme Richard Strauss.

Nous avons donc ici une œuvre qui nous offre tout autant les chuchotements d’une confidence, que l’intensité d’une révélation amoureuse ou la fougue foudroyante de la plus sévère colère. Toutes ces variations, ont dirait bien que c’est la tasse de thé du chef Nézet-Séguin qui vogue avec l’œuvre comme s’il marchait avec un vieil ami, en toute confiance, en toute sérénité.

Inutile de parler longuement de la maturité étonnante de ce jeune chef et de sa capacité à tout faire à la fois. Contentons-nous de savourer toute la subtilité et la maîtrise qu’il impose à un orchestre qui lui rend bien toute sa générosité. Ce poème symphonique, ainsi interprété, nous offre vraiment un très agréable moment d’écoute musicale.

En deuxième partie de cet album, on peut entendre Vier letzte lieder ou Quatre derniers lieders, une œuvre écrite vers la fin de la vie de Strauss, d’où son nom. Pour cette interprétation, se joint à l’orchestre, la soprano Dorothea Röschmann. Impeccable et savoureuse, aurait-on envie de dire de cette interprétation car la maîtrise et la chaleur de la voix de madame Röschmann répondent amplement aux attentes. L’orchestre est aussi au rendez-vous, toujours aussi attentif aux commandes du chef. Quel est le problème demanderez-vous? Le mixage. Quel dommage que la voix enterre si souvent l’orchestre! Sans ce souci technique, la maison BIS aurait effectué un parcours sans faute.

Dans la catégorie: Culturel

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