Rapport Payette sur l’avenir du journalisme : la ministre Saint-Pierre consultera
Hugo PRÉVOST
Quelles sont les pistes à adopter pour assurer la pérennité du métier de journaliste au Québec? Près de huit mois jour pour jour après la parution du rapport Payette sur l’avenir de l’information au Québec, la ministre de la Culture, des Communications et de la Conditions féminine Christine Saint-Pierre a annoncé lundi matin une vaste consultation publique qui aura pour but de clarifier les orientations gouvernementales en matière d’information dans la province, mais également d’établir des balises claires en termes de nécessité ou non d’encadrer la pratique journalistique.
Présenté devant un parterre de journalistes à la Grande bibliothèque du Québec, à Montréal, la ministre Saint-Pierre a tenu à souligner l’état « inquiétant » de la situation dans le domaine journalistique, aux prises depuis plusieurs avec non seulement une crise de revenus, mais une remise en cause identitaire forcée par l’intégration toujours plus importante d’Internet dans le processus d’information des citoyens. Cette crise double « affecte la diversité journalistique », soutient la ministre.
Les représentants des groupes de presse, les journalistes, mais aussi la population en général pourront ainsi s’exprimer à partir du 6 octobre prochain sur deux orientations principales retenues à partir du rapport Payette, soit la mise en place d’un nouveau modèle de régulation des médias québécois, ainsi que le soutien à la diversité des voix. La première risque fort de faire couler beaucoup d’encre, puisqu’il y sera entre autres question de l’adoption d’un statut de journaliste professionnel, un sujet qui divise journalistes comme patrons de presse, malgré un accueil plutôt favorable lors de la réception du rapport et des consultations menées par la suite par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).
« Notre mandat est de consulter la population sur l’impact des changements technologiques sur la pratique du métier de journalistes, ainsi que sur la diversité des voix, et comme ministre des Communications, j’ai pensé qu’il était de mon devoir d’aller chercher un portrait de cette situation », a déclaré Mme Saint-Pierre, expliquant que Dominique Payette, la chercheur de l’Université Laval à l’origine du rapport sur l’avenir de l’information, avait ainsi conclu la première étape en janvier dernier.
« J’ai demandé à ce que les journalistes soient consultés sur (les recommandations du rapport Payette), a-t-elle poursuivi, et j’ai également demandé l’avis de certains ministères concernés par ces recommandations. » Mme Saint-Pierre se référait ainsi à la proposition numéro deux du rapport Payette, qui proposait d’octroyer un droit de négociation aux journalistes indépendants dans l’établissement de leurs conditions de travail auprès des éditeurs, droit qui a été confirmé par Mme Saint-Pierre plus tôt cette année, mais qui, a-t-elle expliqué en conférence de presse, relève désormais du ministère du Travail. La ministre a d’ailleurs tenu à préciser que « le gouvernement n’imposera pas de conditions de travail, mais pourra obliger la tenue de négociations, comme l’avait fait la Loi sur le statut d’artiste« , il y a plusieurs années.
La délicate question du statut professionnel
Si elle a confirmé que le gouvernement appuyait la création d’un statut professionnel pour les journalistes, Christine Saint-Pierre a cependant évité de préciser si, selon elle, la FPJQ devrait être l’organisme possédant le droit d’octroyer (et de retirer) ce statut, si le Conseil de presse devrait s’en charger, ou si le mandat devait être confié à une nouvelle entité.
Rappelons que ce statut de journaliste professionnel, auquel Mme Payette rattachait, parmi d’autres critères, la question du respect d’un code de déontologie, et à lequel elle ajoutait des avantages pour les médias qui embaucheraient des journalistes dotés d’un tel statut, comme des crédits d’impôts, qui seraient particulièrement utiles pour les petits médias, communautaires ou régionaux.
Se basant sur les modèles français et belge, où un tel statut existe déjà depuis plusieurs années, Mme Saint-Pierre a précisé que le gouvernement ne cherchait nullement à réduire au silence les gens qui n’en seraient pas dotés. « Je cherche simplement à protéger la profession journalistique au Québec », a dit celle qui, il y a tout juste quatre ans, était encore journaliste à Radio-Canada, avant de se lancer en politique.
La ministre veut également renforcer le poids et l’importance du Conseil de presse du Québec, sorte de tribunal d’honneur chargé de faire respecter les règles déontologiques établies pour la pratique du métier. Mme Saint-Pierre a toutefois seulement évoqué l’augmentation du budget de l’organisme lorsqu’un journaliste l’a interrogée sur le départ de Quebecor du Conseil de presse, il y a déjà plusieurs années. L’entreprise de Pierre-Karl Péladeau a d’ailleurs répété son geste ce printemps en Ontario, arguant que les médias sous sa gouverne n’avait pas à être jugé par un organisme externe.
Les nouvelles régionales à Télé-Québec
Autre aspect majeur des consultations publiques, la ministre Saint-Pierre a annoncé la mise en place d’un projet de renforcement des médias régionaux et communautaires, et l’instauration d’un centre névralgique de cette information sur le site Internet de Télé-Québec, lui confiant ainsi un rôle accru dans la diffusion médiatique dans la province.
Québec en profiterait aussi pour « actualiser » son soutien aux médias communautaires et régionaux, possiblement en augmentant l’enveloppe budgétaire qui leur est dédié, bien que Mme Saint-Pierre ait tenu à préciser que les cordons de la bourse seraient difficiles à délier en raison des restrictions financières de l’État.
L’absence de décision sur les pigistes déçoit
Du côté de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), on dit ne pas comprendre l’absence de développements dans le dossier des pigistes qui, au dire de la présidente de l’AJIQ, Lisa Marie Noël, produisent la majorité de l’information diffusée au Québec. L’un des membres du comité de négociation collective de l’AJIQ, André Giroux, a d’ailleurs illustré « l’absurdité » de la situation en expliquant qu’il gagnait autant pour un feuillet en 1993 (50 $) que le montant qu’offrent plusieurs magazines et publications de nos jours.
« Je viens de parler un peu avec la ministre concernant la négociation collective, explique Mme Noël, et il y aurait un processus qui relèverait en partie du ministère des Communications, dont la question du statut du journaliste professionnel. Nous travaillons de notre côté sur un projet de loi obligeant les employeurs à négocier avec les journalistes indépendants pour établir leurs conditions de travail. »
« Il est certain que la négociation collective peut effrayer beaucoup de gens, mais avec des trucs de base, nous pourrions négocier un tarif selon la quantité de travail demandé, mais des clauses de bases pourraient être établies, pour que le journaliste indépendant ne soit pas laissé à lui-même, par exemple en cas de poursuite judiciaire, la question des droits moraux… nous voulons que les journalistes indépendants profitent de bonnes conditions pour effectuer le meilleur travail journalistique possible dans le respect de la déontologie », ajoute-t-elle.
La consultation publique de la ministre s’arrêtera dans 10 villes à travers le Québec, et débutera le 6 octobre. Les personnes intéressées à déposer un mémoire on jusqu’au 23 septembre pour le faire.
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