Changer le monde, un président à la fois

Cassandre CHATONNIER

Josée Pliya, metteur en scène français d’origine béninoise, après avoir écouté en direct le discours fait à Philadelphie par Barack Obama, décide de faire voyager ce texte dans d’autres endroits du monde pour faire naitre le débat. Rappelons brièvement le contexte : lorsqu’il se joint à la Trinity Church dans les années 80, Barack Obama et le révérend Wright se lient d’amitié. Wright, à la suite du 11 septembre, tiendra des propos anti-américains qui feront la une des média. L’opinion est ébranlée; comment Obama peut il représenter le peuple américain en étant proche d’un individu qui semble haïr les blancs? Obama écrit alors, lui-même, ce discours.

Le président américain, Barack Obama (centre)

Sur la scène de l’Espace libre, pas de décor. Un simple pupitre attend Éric Delor, qui, de sa voix grave, nous livre ici ce discours de 40 minutes visant à rassemble le peuple américain d’une manière très calme, presque monocorde.

Le contenu du discours est riche de métaphores et de tolérance mais l’aspect intéressant de ce projet théâtral est la discussion qui suit ce discours. En effet Éric Delor, accompagné hier soir de Richard Hétu, correspondant de La Presse à New York, sont venus demander ce que ce texte signifiait pour les spectateurs de la salle, ce qu’est le «vivre ensemble» pour eux.

Les réactions ont été très différentes. Il y a eu la question sur la réception du spectacle en Afrique, ou les problèmes de racisme ne sont pas les mêmes. Delor raconte que cette élection  a fait naître beaucoup d’espoir dans les pays Africains et que, même si le discours est américain, les spectateurs n’ont pas eut de mal à transposer leur propre situation, que ce soit par rapport aux différences religieuses ou ethniques qu’il existe entre les différents villages.

Oui la clé est là, quelle que soit leur origine, les gens se retrouvent dans ce discours car la peur de l’inconnu, de l’étranger, qui engendre souvent la haine raciale, est partout présente. Une femme québécoise d’origine chinoise dit qu’Obama, venu affirmer avec fierté la multiplicité de ses origines, est un modèle pour les gens déchirés entre différentes origines. Et par rapport à la notion du «vivre ensemble» un homme dans la salle exprime son ressenti en expliquant que l’on s’inscrit tous dans une transformation sociétale, que dans ce discours Obama parle de lui-même, se met à nu : «il est le produit de l’Amérique». Richard Hétu ajoute que, tout en restant dans la tradition afro américaine des Noirs d’envergure qui écrivent et revendique, Obama se démarque en  ne demandant pas uniquement aux Blancs un changement pour les Noirs, mais en demandant également aux Noirs et aux Blancs de travailler ensemble pour le changement de la société américaine. Il se met à la place des deux points de vue, en opposant  «le ressentiment blanc face à la colère noire». C’est un politicien qui cherche à être un médiateur, un leader post-racial, l’ «acteur réel du rêve de Martin Luther King».

Étrangement, la question de la langue, de la culture et de l’indépendance ici, au Québec, se fait timide. Et pourtant ce texte fait clairement écho à la situation francophone/anglophone, séparatistes/fédéralistes.  Mais un homme s’exclame qu’il n’y a pas ici de politicien pour «se mettre au dessus de la mêlée» et «prendre le taureau par les cornes», «un homme francophone dont la mère serait anglophone, ayant vécu entre Ottawa et Gatineau , faisant le lien entre tous les citoyens». Une femme réplique que le vrai tabou raciste au Canada reste celui envers les premières Nations, que l’immigration n’est pas récente puisque toute la population, quelle soit anglophone ou francophone, vient de l’immigration.

Le débat est né. Et même si le discours en lui-même a pu paraître trop neutre dans sa diction, la force des mots est là pour nous faire réfléchir, ou que l’on soit dans le monde.

Le discours de Philadelphie de Barack Obama, mis en scène par José Pliya,  présenté du 24 au 28 mai à L’Espace Libre.

Dans la catégorie: Culturel

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