De l’énergie en direct de la Lune
Pieuvre.ca
Les retombées de la double catastrophe qui a frappé le Japon en mars dernier semblent donner des ailes à l’industrie nippone de l’énergie. Bien que le tremblement de terre et le raz-de-marée qui ont touché la côte est japonaise aient durement endommagé la centrale nucléaire de Fukushima, déclenchant une crise aux conséquences éventuellement mondiale, le secteur de l’énergie semble profiter de ce recul de la popularité de la fission atomique pour mettre de l’avant des projets qui, s’ils étaient menés à bien, modifieraient en profondeur le paysage énergétique mondial.
Déjà honnie par de nombreux mouvements écologistes, l’industrie nucléaire a perdu beaucoup de crédibilité au lendemain de la catastrophe japonaise, en raison d’une mauvaise gestion de crise par le gouvernement nippon, mais surtout à cause des cafouillages répétés de Tepco, l’opérateur de la central de Fukushima. Mesures de sécurité dépassées, manque d’informations, oublis et méprises… le réveil a été brutal pour Tepco. Le gouvernement japonais semble cependant avoir décidé de se tourner résolument vers des énergies plus vertes, et un quotidien de l’archipel annonçait dernièrement que tous les nouveaux bâtiments construits au Japon seraient équipés de panneaux solaires, rapporte l’Agence France-Presse.
Mais pourquoi s’arrêter là? L’entreprise d’ingénierie Shimizu a vraisemblablement décidé de voir (beaucoup) plus gros et a présenté mardi le projet du plus grand chantier jamais vu, soit la pose d’un anneau de panneaux solaires sur l’équateur lunaire, rien de moins. Présenté comme le « rêve » de Shimizu, ce projet, dénommé Luna Ring, nécessiterait la pose de millions de panneaux solaires sur une bande de surface lunaire longue de 11 000 kilomètres. Cette énergie serait ensuite redirigée sur Terre à l’aide de faisceaux laser ou de micro-ondes.
Selon l’entreprise, une partie des 13 000 térawatts d’énergie solaire reçus constamment par la surface lunaire serait ainsi captée et dirigée vers des stations de réception sur Terre, où elle serait utilisée pour alimenter les systèmes de distribution, éliminant du même coup le recours aux centrales au charbon et autres méthodes polluantes de production d’énergie. La question des intempéries deviendrait également caduque, et cette énergie serait disponible en tous temps.
Si l’idée semble réaliste sur papier, elle nécessiterait cependant des moyens techniques jamais vus; dans ses plans, Shimizu suppose l’installation de panneaux solaires sur une largeur de quelques kilomètres à plus de 400 kilomètres de surface lunaire; les antennes de transmission par micro-ondes, elles, auraient un diamètre de 20 kilomètres, sans compter les tours de transmission laser.
Afin de réduire les coûts – il en coûte tout de même entre 10 000 et 25 000 $ US pour expédier une charge d’un kilogramme en orbite terrestre -, Shimizu propose de fabriquer les matériaux sur place, et de n’utiliser que le strict minimum en provenance de la Terre. « Les ressources lunaires peuvent être utilisées le plus possible pour construire la Ceinture solaire », indique Shimizu sur son site Internet. « De l’eau peut être produite en mélangeant du sol lunaire avec de l’hydrogène importé de la Terre. Les matériaux de construction peuvent également être extraits des ressources lunaires. Ces matériaux seraient mélangés avec le sol lunaire et de la rocaille pour fabriquer du ciment. Des briques, de la fibre de verre et d’autres matériaux structurants peuvent également être produits à l’aide d’un procédé thermique. »
Une fois posés sur la Lune, des sondes robotisés et des équipes d’astronautes pourraient ainsi fabriquer directement l’ensemble des équipements nécessaires à la construction de la ceinture solaire. Le tout serait pratiquement entièrement robotisé et permettrait sans doute ainsi de réparer les nombreux bris causés par les impacts de météorites sur la surface lunaire.
Interrogé à savoir combien une telle aventure coûterait, le chef de la branche de recherche de Shimizu, Tetsuji Yoshida, a répondu que ce genre de projet pourrait dépasser la notion de coût. Quoi qu’il en soit, le projet Luna Ring ne doit pas débuter avant 2035, au minimum.
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