L’écueil d’Outremont

Hugo PRÉVOST

Dans le cadre de notre couverture des élections fédérales 2011, nous vous offrirons une série d’entrevues avec des candidats de divers comtés montréalais appelés à être chaudement disputés. Aujourd’hui, regard sur le candidat du Parti conservateur dans Outremont, Rodolphe Husny.

Nulle entrevue dans un local de campagne pour le candidat conservateur Rodolphe Husny; c’est plutôt dans un restaurant Tim Hortons on ne peut plus canadian que l’attachée de presse du candidat organise l’entrevue. Le brouillard qui enveloppe la ville, à l’extérieur de la salle bondée, semble bien représenter la campagne de M. Husny; alors que, dans la circonscription avoisinante de Mont-Royal, le favori libéral, Irwin Cotler est talonné de près par son adversaire conservateur, le favori d’Outremont, le candidat néo-démocrate Thomas Mulcair, semble très, très loin du candidat du PC, qui ne perd pas espoir pour autant.

Le candidat conservateur Rodolphe Husny. Photo : Hugo Prévost

Aucunement découragé par les sondages – celui réalisé par le site Internet ThreeHundredAndEight, réalisé le 27 avril, le place quatrième, avec sept pour cent d’intentions de vote, alors que Thomas Mulcair caracole à au-delà de 50 pour cent -, M. Husny se dit persuadé d’avoir mené une excellente campagne, et d’avoir tout fait pour mettre de l’avant les positions conservatrices concernant plusieurs aspects, dont des problèmes spécifiques au comté. « Vous le savez, débute-t-il, Outremont regroupe une partie de Côte-des-Neiges et du Mile End. Dans Côte-des-Neiges, la principale préoccupation est le taux de chômage des immigrants, qui est pratiquement le double de celui de la population québécoise en général. Cette situation est due à des problèmes quant à la reconnaissance des compétences et à la reconnaissance des diplômes. C’est une chose, attirer au Canada les meilleurs immigrants, c’en est une autre de les aider à s’intégrer sur le marché du travail. »

« Comme vous le savez, poursuit-il, les ordres de professions dépendent du provincial, mais le fédéral a aussi un rôle à jouer. Dans la plateforme du parti, nous proposons un prêt aux immigrants pour faire des études ou faire reconnaître leurs compétences. » Selon M. Husny, sept professions seraient ainsi visées en particulier avec ce plan.

Le candidat conservateur affirme également que son parti prend très à coeur la question de la décontamination et de la transformation du site de la gare de triage d’Outremont, en vue de l’implantation et de la construction du nouveau campus de l’Université de Montréal. Expliquant que le gouvernement fédéral peut intervenir sur deux aspects, soit les « infrastructures du savoir » et la question des logements sociaux qui doivent également y être construits, M. Husny précise que ce dossier serait « l’un de ses deux gros projets en tant que député d’Outremont », s’il était élu le 2 mai.

M. Husny, finalement, rappelle que le gouvernement Harper a accordé divers crédits d’impôts aux étudiants, dont le crédit pour manuels scolaires, en plus d’indiquer que plusieurs grands travaux de rénovation de bâtiments de l’Université de Montréal avaient été complétés sous la gouverne du PC. Des travaux « qui ont commencé il y a 15 ans », précise-t-il toutefois, soit alors que les libéraux étaient au pouvoir à Ottawa.

Garder le cap et se différencier

« Mes adversaires veulent devenir chef de leur parti respectif », martèle à plusieurs reprises Rodolphe Husny. Selon ses dires, tant M. Mulcair que M. Martin Cauchon, le candidat libéral dans la circonscription, ont tous deux clairement indiqué leur intention de brider la chefferie qui du Nouveau Parti démocratique, qui du Parti libéral, remplaçant de ce fait Jack Layton et Michael Ignatieff.

M. Husny, de son côté, se définit comme un « gars de la place ». « J’ai grandi ici, été à l’école ici, appris à nager ici… », énumère-t-il. Bien qu’il dise que ses adversaires sont « très expérimentés », il se dit convaincu que les électeurs voudront élire le candidat local, c’est-à-dire lui.

Aucun pessimisme non plus en ce qui concerne le coup de sonde qui le place quatrième. « Ce sondage a été fait en début de campagne », dit-il, avant de déclarer de nombreuses fois que « le véritable sondage, c’est toujours le soir de l’élection ». « Ça fait deux ans que je suis candidat, précise-t-il, et ça fait depuis août 2009 que je suis en campagne, les gens me connaissent; il faut créer des liens de confiance, il faut se faire connaître. »

Qu’en est-il, finalement, de l’impact de la condamnation pour outrage au Parlement qui a fait tomber le gouvernement Harper et précipité une élection? Les électeurs risquent-ils de tourner le dos à la formation conservatrice en raison de cet état de fait inédit dans l’histoire canadienne?

« La condamnation est l’effet d’un calcul mathématique, tout simplement », avance Rodolphe Husny, qui n’y voit que l’effet d’un plus grand nombre de députés issus de l’opposition « au sein d’un comité parlementaire ». Le candidat conservateur fait également abstraction des scandales soulevés par le refus de son parti de divulguer toutes les informations nécessaires concernant divers projets de loi et achats envisagés, comme l’agrandissement des prisons et l’entente d’achat des F-35. Cette dernière continue d’ailleurs de provoquer une guerre de mots entre l’opposition, aidée du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, et les conservateurs, les premiers affirmant que les appareils et leur entretien coûteront près de 30 milliards $ aux contribuables, tandis que le Parti conservateur maintient que le prix sera maintenu à 16 milliards $, bien qu’il n’ait avancé aucune preuve chiffrée que cela sera effectivement le cas.

De son côté, M. Husny remonte plutôt à l’affaire des documents sur les prisonniers afghans, datant de l’an dernier, où le président de la Chambre alors en exercice, Peter Milliken, avait effectivement tranché et annoncé que le gouvernement avait porté outrage au Parlement en refusant de présenter divers documents sur la gestion des prisonniers afghans par l’armée canadienne. « Le gouvernement a divulgué des milliers de pages », affirme M. Husny. Pages qui, un an après leur remise aux partis d’opposition, sont toujours examinées par un comité des Communes.

« Nous demandons une majorité aux Canadiens le 2 mai », soutient tout de même Rodolphe Husny, estimant qu’il en va de la « stabilité » de l’État. D’ici-là, il continuera à mener campagne dans Outremont.

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