Sortie DVD – L’Amiral : déshonneur sur le front russe
Hugo PRÉVOST
Front russe, 1916 : la Première Guerre mondiale bat son plein, et un jeune capitaine de navire de guerre russe réussit l’exploit de couler un bateau allemand en l’entraînant dans un champ de mines. Décoré, Koltchak sera peu à peu entraîné dans une spirale mélangeant l’amour et le conflit, alors que son mariage, mais aussi son pays tombent tous deux en ruines. Ce film russe, sorti en 2008, est arrivé récemment sur les tablettes des distributeurs québécois, en version française. Film à grand déploiement, L’Amiral, réalisé par Andrey Kravchuk, peine cependant à véritablement trouver sa voie cinématographique.
Dire que la période 1914-1920 fut mouvementée en Russie est un euphémisme : aux prises avec l’Allemagne jusqu’en 1917, le pays s’effondre alors, dévoré de l’intérieur par la révolution communiste, qui mènera alors à une guerre intestine pour l’établissement de la suprématie bolchévique sur l’ensemble de ce qui deviendra l’Union soviétique. Occupé à combattre l’ennemi, l’amiral Koltchak est contraint de rendre les armes et de fuir avec sa femme et son fils, bien qu’il en aime une autre. Il reviendra finalement au pays pour tenter, vainement, de renverser les forces révolutionnaires, alors que sa famille est en exil à Paris.
Si la prémisse en impose, et que la facture visuelle ne laisse pas non plus sa place, avec des effets spéciaux impressionnants et des combats à couper le souffle, le film semble manquer de souffle, et a malheureusement tendance à prendre appui sur les séquences de batailles pour asseoir l’histoire, alors que le scénario repose plutôt sur l’intrigue amoureuse et la dualité entre la passion sentimentale qu’éprouve le protagoniste principal (Konstantin Khabenskiy) pour la femme de son meilleur ami et le sens du devoir envers la Mère patrie qui l’habite. Au final, donc, on se retrouve avec un personnage sensé représenter toute l’essence de la fierté et de la dignité russe face aux hordes de bolcheviks révolutionnaires, mais qui fait preuve d’une telle retenue dans ses rares moments d’intimité avec sa flamme que l’on pourrait presque croire qu’il fait preuve de stoïcisme à l’anglaise. De grandes envolées théâtrales auraient pourtant parfaitement collé à l’ambiance du film et aux multiples rebondissements du scénario.
Si L’Amiral est donc un succès au niveau de la reconstitution historique et des effets visuels, il en est tout autrement du côté des sentiments humains. Dommage.
La bande-annonce du film (en russe) :
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