Outremont : le duel d’habitués

Hugo PRÉVOST

Dans le cadre de notre couverture des élections fédérales 2011, nous vous offrirons une série d’entrevues avec des candidats de divers comtés montréalais appelés à être chaudement disputés. Aujourd’hui, regard sur le candidat néolibéral dans Outremont et député sortant de cette circonscription, Thomas Mulcair.

Journée idéale, jeudi dernier, pour une entrevue : température clémente, ciel bleu… les cieux sont cléments en ce début de printemps. La chance semble également sourire à Thomas Mulcair, député sortant d’Outremont et lieutenant québécois du Nouveau Parti démocratique (NPD). Selon un sondage dont les résultats ont été publiés récemment dans La Presse, M. Mulcair caracole à 47 pour cent d’intentions de vote, loin devant son principal adversaire, le libéral Martin Cauchon, qui fut aux commandes du comté pendant 11 ans, de 1993 à 2004, avant de laisser sa place à Jean Lapierre, également du Parti libéral du Canada (PLC). S’il l’a emporté dans Outremont en 2007, à l’occasion d’une élection complémentaire, puis à nouveau en 2008, lors des dernières élections générales, M. Mulcair a cependant vu son avance se réduire à environ 2000 voix, un nombre qui semble, heureusement pour lui, appelé à demeurer le même, sinon augmenter au vu des récents coups de sonde.

Thomas Mulcair. Photo : Josie Desmarais

Le local électoral du candidat vedette du NPD est quasi-désert, en ce jeudi matin; seul un préposé est à son poste, mais une dizaine de bureaux n’attendent que leurs occupants. Sur une table, près de l’entrée, se trouve la panoplie des objets publicitaires électoraux habituels : macarons, dépliants, signets, tout y est. Le candidat fait son entrée quelques minutes plus tard, suivi de son attachée de presse. L’homme, les tempes un peu plus grisonnantes que sur ses photos promotionnelles et ses pancartes électorales, est souriant. On devine rapidement que l’homme a l’habitude des combats électoraux; après tout, avant de faire son entrée aux Communes, à Ottawa, il a été député libéral au Québec de 1994 à 2007, et ministre de l’Environnement au sein du gouvernement Charest de 2003 à 2007, année de son départ.

Pour lui, attaque-t-il d’emblée, une fois l’entrevue débutée, il est primordial de se concentrer sur les problèmes de la circonscription. M. Mulcair affirme que malgré le nom glamour d’Outremont, synonyme de demeures cossues et de train de vie sensiblement luxueux, la pauvreté est un enjeu majeur du comté. « Il ne faut pas oublier que la circonscription recouvre autant Côte-des-Neiges, le Mile-End, mais aussi Parc-Extension, explique-t-il. En fait, l’ancienne ville d’Outremont ne représente que le quart de la circonscription. La majorité de la circonscription, ce sont des gens démunis, qui ont besoin d’aide.« 

M. Mulcair poursuit en parlant de « problèmes criants » en matière de logement, ainsi qu’en ce qui concerne les services alimentaires fournis aux démunis, telles les banques alimentaires. « Nous devons veiller à ce que des logements sociaux soient construits, mais aussi que le parc immobilier actuel soit entretenu. Nous avons de gros problèmes de vermine, et on commence à avoir des problèmes de punaises (de lit, NDLR)« , explique-t-il.

Au sujet cher à M. Mulcair, qui fut déjà président de l’Office des professions du Québec, est la reconnaissance des compétences. Choix logique s’il en est un, la circonscription recouvrant des parties d’arrondissement à fort taux d’immigration, et où les compétences des nouveaux arrivants ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur.

Choc des partis

M. Mulcair n’a pas que des bons mots pour décrire son adversaire libéral, Martin Cauchon, et pour décrire le PLC en général. Accusant les libéraux d’à-plat-ventrisme face aux conservateurs, Thomas Mulcair rejette les suppositions selon lesquelles les libéraux pourraient adopter une tendance politique de centre gauche. Pour lui, il est primordial de ne pas oublier que certaines mesures conservatrices décriées par le PLC, comme la réduction des impôts des grandes sociétés, ont été initiées par ces mêmes libéraux lorsqu’ils étaient au pouvoir.

M. Mulcair en a également beaucoup à dire sur la guerre en Afghanistan, déclarant que les libéraux ont manigancé pour prolonger la mission au-delà de 2011, « allant de ce fait à l’encontre de la volonté du Parlement », précise le député sortant, en plus de critiquer le bilan environnemental du parti de Michael Ignatieff. Au dire de M. Mulcair, les libéraux « ont toujours parlé, mais ils n’ont rien fait », citant l’exemple du Protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre. Depuis la ratification du protocole, en 1998, les émissions de ces gaz nocifs ont augmenté de 35 pour cent au-delà de la norme de 1990, alors que l’objectif est de les ramener à six pour cent en-dessous.

Malgré tout, une coalition

Cette charge véhémente contre le Parti libéral du Canada ne semble toutefois pas empêcher M. Mulcair d’envisager, si nécessaire, la formation d’une nouvelle coalition avec ces mêmes libéraux. « Nous avons toujours fait preuve d’une ouverture, d’une volonté de collaborer », précise M. Mulcair, qui en profite pour rappeler la devise électorale du NPD pour les élections générales, « Travaillons ensemble ».

Thomas Mulcair répète malgré tout que la priorité du NPD est bien sûr l’élection d’un gouvernement néodémocrate à Ottawa, « majoritaire ou, plus probablement, minoritaire », avec Jack Layton comme premier ministre. « Ma première priorité, dans cette élection, soutient M. Mulcair, est d’élire le plus grand nombre de députés du NPD que possible au Québec pour transmettre nos valeurs à la grandeur du pays. Et si jamais il advenait qu’un gouvernement minoritaire soit élu, le nôtre ou celui d’un autre parti, le NPD a un fier historique de collaboration. Pour l’instant, notre priorité est de sortir les conservateurs, parce qu’on se rend compte qu’ils sont néfastes.« 

Y aurait-il, en cas de gouvernement minoritaire, formation d’une coalition? Thomas Mulcair le dit clairement : « Nous n’avons jamais hésité à parler de coalition. C’est même nous qui l’avions proposée, la dernière fois! » Le candidat néodémocrate demeure toutefois prudent quant aux propos de Justin Trudeau, recueillis la veille de l’entrevue, qui affirmait qu’un gouvernement libéral minoritaire gouvernerait au cas par cas, en fonction des besoins du moment.

Si la course dans Outremont semble être véritablement à l’avantage de Thomas Mulcair, la situation est bien différente au niveau national. En cas de gouvernement minoritaire – peu importe le parti – les troupes de Jack Layton, dont M. Mulcair, risquent fort de devoir faire contre mauvaise fortune bon coeur et tenter une nouvelle alliance avec le Parti libéral.

« Notre priorité, répète une dernière fois le candidat néodémocrate, c’est de sortir les conservateurs. Car en politique, on fonctionne par priorités. »

Dans la catégorie: À la uneÉlections fédérales 2011Politique et Économie

Mots-clef: , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Répondez




Afin d'ajouter une photo à vos commentaires, veuillez obtenir un identifiant Gravatar.