Toxique : la peur au théâtre
Hugo PRÉVOST
À bord d’un autobus, une femme est agressée par un étrange individu; ce dernier aurait utilisé un produit chimique. Résultat : le périmètre est bouclé, mais les policiers ne trouvent rien. Pour la femme, toutefois, cette peur de l’inconnu, cette peur de l’Autre agira comme une insidieuse maladie, la rongeant tout d’abord, pour ensuite s’attaquer à sa famille. Drame décidément moderne, Toxique, jouée au Théâtre d’Aujourd’hui, explore avec justesse les affres de la peur dans un monde gangréné depuis déjà une décennie par la terreur de l’Étranger.
De l’accident, nous ne saurons d’abord rien directement; que des ouï-dires, le témoignage de la femme en question, jouée par Élise Guilbault, faisant force de loi au tout début de la pièce. Psychologiquement scarifiée, le personnage de Guilbault s’enfoncera petit à petit dans la folie et la paranoïa destructrice, le tout agissant tel un trou noir autour d’elle, absorbant l’énergie, la volonté et la joie de vivre de sa famille. Famille dans laquelle on retrouve sensiblement les clichés de la vie moderne, soit le mari quelque peu effacé (Guy Nadon), le fils aux idées plein la tête mais toujours dépendant (Benoît Drouin-Germain) et la fille altruiste éprise de coopération internationale (Sylvie de Morais). Cliché? Peut-être, mais ô combien réaliste et adapté à notre époque.
Ombre(s) au tableau, cependant : tout d’abord du côté de Mme Guilbeault, dont l’éloge du talent de comédienne n’est plus à faire, mais qui, malheureusement, s’efface beaucoup trop vite du récit, en venant à murmurer des choses incompréhensibles pour ensuite se taire définitivement et demeurer étendue dès la seconde moitié de la pièce. Le personnage du fils, également, opère un changement d’attitude relativement soudain, passant d’une prise de position pratiquement violente en opposition aux geste de ses parents pour ensuite plonger dans la léthargie maternelle.
Soulignons toutefois le jeu parfaitement juste de Guy Nadon, qui, en père mi-dépassé par les événements, mi-étouffé par la catatonie de plus en plus avancée de sa femme, réussit tant bien de mal à tenir la famille ensemble, soudant les plaies béantes de cette cellule familiale dysfonctionnelle avec rien de plus que des mots parfois maladroits, parfois justes, parfois même rigolos, histoire de faire retomber la tension. Il serait aisé de glisser et d’affirmer que M. Nadon porte la pièce à bout de bras; si la vérité n’en est pas loin, les acteurs secondaires offrent également un jeu intéressant et diversifié.
Toxique, bref, saura aborder, sans s’y perdre, la question de la paranoïa ultime dans une société scarifiée par les événements ayant marqué le début de ce millénaire, mais, encore plus, se pencher sur la question des liens familiaux, ces traits d’union si facilement destructibles.
Toxique, de Greg MacArthur. Mise en scène de Geoffrey Giguère. Jusqu’au 26 mars au Théâtre d’Aujourd’hui.
Dans la catégorie: Culturel
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