Rendez-vous du cinéma québécois – Quand le cul attire les foules!

Marie-Josée RICHARD

«Soirée de cul au programme.» C’est ce que j’ai lancé à mon copain. Il m’a regardé d’un air dubitatif. Devant lui : deux billets pour assister aux séances du Programme insolite des RVCQ, mardi le 22 février. Il a hoché la tête, béat. On enfilait coup sur coup : «Ménage à trois» puis « Que du cul ». 153 minutes à se gaver de courts et moyens métrages de la relève québécoise, dans des  salles pleines à craquer… Quand le cul attire les foules!

Ménage à trois

Photo : Rendez-vous du cinéma québécois

Pour démarrer, on a eu droit à Catherine, un 15 minutes de fiction bien ficelé, signé Kun Chang. Caméra à l’épaule, dans la tradition du cinéma direct, « un homosexuel (Frederick Boudrault) et un hétérosexuel (Pierre-Luc Brillant – le grand frère chiant dans C.R.A.Z.Y.) se rencontrent qu’ils ont un passé commun. » dit le programme. Ce qui est fascinant dans cette œuvre, constituée de plusieurs longs plans, c’est qu’elle a été entièrement improvisée par les comédiens. Il faut savoir que leurs répliques reposaient toutefois sur un scénario truffé d’intrigues salées. Minute après minute, des révélations choc… joué avec tant de finesses qu’on avait l’impression d’être de simples témoins, couchés nous aussi dans le lit avec les deux mecs. Ceci dit, un quart d’heure vite passé. J’avais soif pour plus, ce qui est plutôt bon signe.

Banc public de Martin Thibodeau (6 minutes), en première canadienne, est le fruit d’un Kino Cabaret tenu l’an dernier à Trouville (France). Divertissant et techniquement bien amené, sans être mémorable. Ce qui est surtout honorable, c’est le peu de temps dont disposent les artisans pour fignoler – en l’espace de 48 heures? – une oeuvre complète (scénario, réalisation, production) en trois temps (début, milieu, fin), avec des ressources limitées. Pour cela, chapeau.

La lettre de Zhi-Min Hu (5 minutes?) intrigue. Un homme reçoit une lettre. « Merci de m’avoir aimée » écrit-on. S’en suit différents plans nous présentant, dans un style onirique, des moments passés en compagnie d’une jolie jeune femme, qu’on devine être l’auteure de la lettre. Retour dans la réalité : une femme enceinte de plusieurs mois crie à l’homme de se dépêcher d’apporter le courrier. On comprend sur le champ l’interdit, le côté volage des images. Mais qui est cette fille : comment, pourquoi, quand? Tant de questions demeurées sans réponse. Ce fut pour moi un tantinet irritant de rester dans le mystère.

J’ai particulièrement aimé le roadtrip à mi-chemin entre le documentaire et la fiction de Patrick Bilodeau, en première mondiale : Tuxedo, nom d’un village manitobain où les protagonistes vont s’échouer. Le « trip à trois » – rien de sexuel soit dit en passant – est formé d’un jeune couple et de leur ami, caché derrière la caméra (Patrick Bilodeau). Quoiqu’une dizaine de minutes trop long, sur un total de 51 minutes, je me suis fait emporter hors champ de Montréal, dans cette ballade filmique nourrie de tensions. Le jeu des comédiens était réussi, surtout celui de Mathieu Handfield, un grand gaillard que j’ai croisé en sortant de la salle. Une surprise m’attendait en chemin : des images d’une rare beauté. Je fais référence à cette scène – image qui présente le film justement – où au premier plan des roseaux dansent au gré du vent, derrière Mathieu jouant au ballon sur une plage, avec pour son, une simple mélodie chantée par la comédienne Ève Landry. Avec des moyens minimaux, c’est la preuve qu’on peut faire du bon cinéma.

Dans la catégorie: Culturel

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