Montrer le côté humain des journalistes
Hugo PRÉVOST
« Comment cela se fait-il que nous n’y ayons pas pensé avant? » Voilà la réaction qu’a eu un employé de la Cinémathèque québécoise après que le journaliste culturel André Lavoie leur eut proposé le concept de l’événement L’image du journaliste. Cette série de projections de films qui a débuté mercredi offre, jusqu’à la fin du mois, un ensemble de longs-métrages mettant en vedette un journaliste, qu’il en occupe l’avant-scène ou les coulisses. Entre deux critiques de film pour Le Devoir, l’instigateur de cet événement bien particulier a bien voulu nous donner plus de détails.
« En faisant mes recherches, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de films, pas nécessairement qui traitaient de journalisme, mais où les journalistes sont soit le personnage principal, ou à tout le moins le personnage secondaire », lance André Lavoie, en tout début d’entrevue. Il précise d’ailleurs immédiatement que « le filon n’est pas épuisé; il y a encore beaucoup de films intéressants ». Pourtant, avec les douze films déjà à l’affiche – dont les célèbres Good Night and Good Luck, All the President’s Men et autres State of Play -, on pourrait facilement penser le contraire. M. Lavoie espère donc qu’une deuxième édition pourra avoir lieu, mais aussi que le tableau géographique sera un peu plus varié. Le tableau géographique? « Beaucoup de films hollywoodiens ont utilisé la figure du journaliste au cinéma, c’est donc un peu normal que plusieurs des films choisis soient américains », explique-t-il.
Au-delà de la simple présentation de films, une question se pose toutefois : pourquoi avoir choisi d’organiser un événement sur l’image du journaliste, eux qui, par définition, ne doivent être que les courroies de transmission de l’information? Et, surtout, pourquoi l’organiser au début de l’an 2011, et non pas en 2005, ou dans cinq ans? La réponse ne se fait pas attendre : « Avec tout ce qui se passe en politique au Québec, dans le domaine municipal, sur le plan de la construction, on a beaucoup parlé de l’importance du journalisme d’enquête et de l’importance du journaliste comme chien de garde de la démocratie, ne serait-ce que des dirigeants, des puissants de ce monde. Plusieurs journalistes et observateurs du domaine des médias l’ont ainsi dit : nous assistons à un âge d’or du journalisme d’enquête », affirme André Lavoie.
« En même temps, poursuit-il, et c’est une vieille rengaine qui me tape un peu sur les nerfs, l’opinion publique a toujours tendance à placer les journalistes auprès des vendeurs de voitures usagées, des vendeurs d’assurance et des politiciens – tiens donc – dans la liste des professions auxquelles nous faisons le moins confiance. Ça m’énerve, parce que je trouve que la profession de journaliste est importante et que les médias d’information sont importants… On dit toujours que les médias sont les gardiens de la démocratie, mais je m’excuse; les gardiens de la démocratie, ce sont tous les citoyens! Et l’une des responsabilités citoyennes et de s’informer. »
André Lavoie prend également la peine de spécifier que les travers des travailleurs de l’information seront aussi examinés à la loupe, les journalistes étant bien sûr capables du meilleur comme du pire dans le cadre de leur emploi, comme c’est le cas dans le film Shattered Glass, qui sera présenté à la Cinémathèque.
Au final, L’image du journaliste ne consistera pas seulement à montrer des figures héroïques, mais avant tout des êtres humains, précise M. Lavoie. Il est donc faux d’affirmer que tous les journalistes sont des héros, ou des cancres, tout comme il est faux d’affirmer que les métiers de détective ou de policier sont toujours aussi excitants que dans les films, il en va de même pour les journalistes. « Être journaliste, ça peut très souvent être plate pour un éventuel spectateur… personne n’a envie de nous voir faire de la cueillette d’information, ou de passer des heures devant un écran ou pendus au téléphone, lance-t-il à la blague. Il faut montrer la diversité et l’importance de ce métier, les défis et les erreurs qui surviennent. »
Les passionnés et les curieux de la chose journaliste pourront également suivre une table ronde sur la question de l’image des journalistes au cinéma, qui aura lieu à 18h00, vendredi, au Café bar de la Cinémathèque québécoise.
Pour l’horaire des projections, veuillez consulter le site web de la Cinémathèque.
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