Des trésors révélés
Martin PRÉVOST
Sous étiquette FIDELIO Archives, paraissait il y a peu de temps, l’album André Mathieu joue André Mathieu. Il s’agit de l’avant-dernière pierre de l’édifice qu’a patiemment échafaudé Georges Nicholson, éminent animateur d’émissions de radio traitant de musique classique et récent biographe du pianiste compositeur. C’est une édition critique de l’œuvre qui sera le faîte de cette construction.
Faire l’écoute de cet album, pour un amateur de l’œuvre de Mathieu et de Mathieu lui-même, c’est un peu comme, pour un élève de Claude Lévi-Strauss, d’assister à une séance de fouilles archéologiques en compagnie du maître : on a l’impression de toucher au divin.
Bien sûr les enregistrements des interprétations de cet immense pianiste sont rares. Rares à ce point que monsieur Nicholson a jugé bon, et pour cause, d’inclure dans cet album quatre pièces provenant d’un disque de cire, in-extremis sauvé des avanies que lui a fait subir… un calorifère. Comme on dit : ça «griche», mais on a tellement l’impression d’y être!
De la même manière, on apprécie d’entendre, en préambule et en conclusion d’une diffusion radio du «Concerto de Québec», pour nos cousins d’outre-mer, les paroles de Gérard Arthur, présentateur très radio-canadien, s’il en est.
Tout ça semble relever de la confidence, du secret d’initié. Et c’est vrai qu’André Mathieu est devenu rapidement et demeuré beaucoup trop longtemps, un secret. Les dévoiler, lui et son œuvre, au grand public, c’est faire œuvre de justice, une justice nécessaire.
L’interprétation, dans tout ça? Inspirée, intense, naturelle, envoûtante. André Mathieu était peut-être un être sombre, voire torturé. Mais pas sa musique, ni sa façon renversante de posséder le clavier, d’en tirer un orchestre entier! List et Prokofiev, voici deux grands de qui André Mathieu est certainement le digne héritier.
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