Cinémania – Happy Few : L’impossible quête de la liberté amoureuse

Émilie PLANTE

L’amitié peut-elle subsister entre deux couples échangistes? Existe-t-il une alternative au couple traditionnel? Peut-on aimer deux personnes à la fois? Ce sont quelques questions abordées dans le film Happy Few. Questions qui, finalement, demeureront à peu près sans réponses…

Photo : fournie par Cinémania

Réalisé par Antony Cordier, Happy Few aborde un sujet audacieux. Les quatre adultes du film vivent une relation qui va bien au-delà du simple échangisme. Bien que les deux couples naturels s’aiment et se désirent, ils vont pourtant tenter de vivre une quête identitaire en déjouant les tabous sociaux.

Le film débute avec la voix off de Rachel (Marina Foïs): « Dans la vie, même si on est très heureux, on espère toujours que quelque chose va arriver, que quelque chose va faire diversion.» Le ton est donné. On la voit qui fabrique des bijoux. Vincent (Nicolas Duvauchelle) se rend à l’atelier pour l’aider à terminer le site web de l’entreprise. La chimie s’installe spontanément entre les deux protagonistes, qui planifient ensuite un souper avec leurs conjoints respectifs. Lors de ce repas, Franck (Roschdy Zem), le conjoint de Rachel et Teri (Élodie Bouchez), la compagne de Vincent, s’embrassent. D’une complicité amicale, la relation des couples évolue presque immédiatement vers une connivence amoureuse. Car il s’agit ici bien plus que d’une attirance sexuelle, même si, tout au long du film, les scènes de plaisirs charnels sont très évocatrices.

Ce qui se produit entre les quatre personnages principaux arrive tout naturellement. Ils se laissent aller à cette douce utopie amoureuse sans se demander si c’est inconvenant ou non. La complicité entre eux est manifeste et les acteurs se donnent généreusement et sans pudeur devant une caméra (à l’épaule, sans doute) qui dérange souvent par ses mouvements parfois exagérés.

Au début, les deux couples ne s’imposent ni règles ni méthodes. Ils n’obéissent qu’à une seule loi, c’est-à-dire se rencontrer lorsque tous les quatre sont disponibles et ne pas se voir à l’insu des autres. Dans ce récit où se mêlent parfois maladroitement érotisme et sentimentalité, le doute finit par s’installer. Car il s’agit d’une bien périlleuse équation que celle de la liberté sexuelle et de l’amour combinés.

D’insouciants qu’ils étaient au commencement, ils deviendront tous les quatre très affectés par ces sentiments qui les rattachent parfois un peu trop intensément. Est-ce de l’amour, une amitié sans bornes ou une profonde attirance physique? Les protagonistes en viendront à se questionner sérieusement sur le bien-fondé de cette relation. Peut-on aimer deux personnes à la fois? Si oui, peut-on laisser faire cela? Leurs liaisons croisées produisent une belle ivresse qui ne pourra pas durer. Elle s’use peu à peu, s’effrite, et lorsqu’elle en vient à heurter les enfants des deux couples, ils comprennent qu’ils sont allés trop loin. Lorsque Teri découvre que sa fille a volé le journal intime de Rachel, dans lequel celle-ci se dit devenir plus vivante au contact de Vincent, une partie de la magie qui opérait entre les couples se brise.

À plusieurs reprises, les protagonistes s’expriment en voix hors champ, comme s’ils faisaient des confidences aux spectateurs. Comme s’ils nous laissaient entrer dans leur quotidien hors de l’ordinaire. Car il s’agit en quelque sorte de deux couples ordinaires qui ont repoussé les frontières de la vie conjugale pour tenter de vivre différemment. Même s’il accuse quelques longueurs, Happy Few possède de nombreuses qualités cinématographiques. Simple, réaliste, le film redéfinit sans prétention une réflexion sur les relations modernes.

Toutefois, la finale nous laisse quelque peu sur notre faim. Mais pouvait-il en être autrement? L’utopie, telle que présentée dans le film de Cordier, est bien joliment dépeinte, mais on sait d’emblée qu’elle est vouée à l’échec. Même si l’on sait pertinemment que le rêve de Rachel, Franck, Vincent et Teri est irréalisable, on veut y croire, et la magie qui relie les quatre acteurs y est sans doute pour beaucoup.

Dans la catégorie: Cinémania 2010Culturel

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