Profils (complètement) atypiques

Hugo PRÉVOST

La salle est nue, exception faite de deux micros qui pendent du plafond. Les comédiens y entrent en silence, dans l’obscurité. Sur la scène du Théâtre Prospero prendra bientôt vie la création de Koffi Kwahulé, Louis-Dominique Lavigne et Nadège Prugnard, Profils atypiques, après avoir fait son bout de chemin en Europe. Une première canadienne – et québécoise -, donc, pour cette pièce qui traite des méandres et des difficultés du monde du travail. Un événement théâtral universel, le marché de l’emploi étant aussi bordélique au Maroc, qu’en France ou au Québec. Critique d’un OVNI scénique offrant une très agréable surprise.

Annik Fontaine, dans une scène de Profils atypiques. Photo : Théâtre Prospero

Trois pays, trois continents, trois points de vue sur le travail, la mondialisation, la difficulté de décrocher un emploi et, par le fait-même, le besoin de s’accomplir en tant qu’individus, d’être heureux en trouvant un poste qui nous convient. Tour à tour, les cinq comédiens interprèteront de nombreux personnages, à la fois victimes et maîtres du système, simple quidam ou grand patron, demandeurs d’emploi ou rouage administratif de la machine.

Bien rapidement, on se rend compte que le système ne semble vivre que pour la possibilité d’exister, soit que l’immense bureaucratie de la recherche d’emploi n’est là qu’afin d’exister en elle-même. Il y a certes un but à occuper un poste, mais quel est-il exactement? Avec les relents de crise économique qui flottent encore dans l’air, cette pièce est plus que d’actualité, elle colle parfaitement à notre époque tourmentée.

Le jeux des comédiens est un exemple à suivre, eux qui n’ont aucunement le soutien du décor pour jouer le jeu, et ne peuvent s’en remettre qu’à eux-mêmes. Soulignons particulièrement l’énergie d’Annick Fontaine, qui offre un monologue sur la marchandisation du corps qui vaut le détour. Olivier Parisis, en homme révolté contre le système est également spectaculaire.

Au final, Profils atypiques nous permet de se replonger dans cette époque, vraiment pas assez lointaine, où c’est le spectateur qui quémandait une entrevue, un stage, un boulot. Et de tous ces services sensés vous y aider.

Quel serait, selon vous, votre meilleure qualité? Votre pire défaut?

Profils atypiques, joué au Prospero, jusqu’au 30 octobre.

Dans la catégorie: Culturel

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