Médias de demain : saisir le web à bras-le-corps
Hugo PRÉVOST
L’intégration des contenus entre la télévision et le web : voilà comment se présente l’avenir pour les grands réseaux de contenus et les producteurs d’importance au Québec. Réunis pour une conférence intitulée La monétisation des contenus dans le cadre de la série de présentations axées sur l’évolution des médias interactifs, un ensemble s’intégrant dans les rencontres FNC Pro du Festival du nouveau cinéma, les grands joueurs du milieu ont exposé leurs stratégies web visant à maximiser leur présence sur Internet en offrant à la fois du contenu texte, audio, vidéo et – surtout – interactif. Une bonne occasion pour les producteurs de contenus d’obtenir un aperçu des modes de fonctionnement des diffuseurs.
Avec la multiplication des plates-formes de diffusion (télévision, ordinateur, mais aussi téléphones intelligents et tablettes électroniques, pour ne nommer que celles-ci), les diffuseurs de contenu sont normalement poussés à s’adapter pour mieux rejoindre un public toujours plus fragmentaire et fragmenté.
C’est Hugues Sweenay qui a ouvert le bal en présentant les stratégies de placement web de l’Office national du film (ONF), organisme qui a innové ces dernières années en ouvrant non seulement sa banque de films au visionnement en ligne, mais en développant également une application iPhone (la version iPad est en route, assure-t-on). Aux dires de M. Sweenay, l’ONF vise à développer un « leadership interstellaire » en termes de développement de contenus web, ajoutant que la société d’État consacre environ 20 pour cent de ses efforts à développer des plates-formes interactives. « Nous désirons aller chercher un public, créer une habitude, des attentes, poursuit-il. L’interface est le canevas; forme et contenus ne doivent donc faire qu’un. Il faut placer le point de vue en fonction de celui qui l’observe. »
Pour se conformer à cette vision, l’ONF a d’ailleurs récemment lancé deux projets interactifs, Écologie sonore et le dernier en date, Sacrée Montagne. Dans celui-ci, le public était invité à fournir des témoignages touchant le Mont-Royal, témoignages qui ont été colligés et intégrés dans une interface web en Flash combinant le texte, l’audio et le vidéo, avec une connexion vers le site de microclavardage Twitter et les services de partage de photos Flickr et Picasa.
« Nous sommes dans un contexte de démographie changeante et de nouvelles technologies », conclut M. Sweenay, et il ne fait nul doute que l’approche préconisée par l’ONF sera la pierre de lance de la vision d’avenir de l’organisme public. Il est d’ailleurs possible d’envisager une plus grande expérimentation, l’Office national du film ne dépendant que du financement public pour produire et diffuser son contenu, comparativement aux chaînes privées.
Même son de cloche du côté de Sophie Bégin, chef de contenu web télévision chez le diffuseur d’État radio-canadien. Pour elle, tout le concept repose autour de la création d’espaces pour de nouvelles expériences. C’est pourquoi de nouveaux concepts ont fait leur apparition sur le site Internet de Radio-Canada, où les internautes peuvent souvent non seulement visionner les épisodes de leur séries préférées – c’est d’ailleurs davantage le cas avec l’apparition de Tou.tv -, mais également retrouver du contenu interactif, des capsules explicatives et des extraits vidéos exclusifs au web. Pour l’internaute, « il s’agit d’un univers global, histoire de vivre une expérience complète » indique Mme Bégin, qui ajoute que le nouveau Fonds des médias est entre autres axés sur ce genre d’intégration avec les nouveaux médias, un avantage indéniable pour Radio-Canada.
Et le privé?
Les réseaux de diffusion privés ne sont pas en reste dans cette course à la diversification; Astral et Sympatico, deux (très) gros joueurs de la télé et de l’Internet, se sont déjà taillé une place respectable dans le marché des contenus web, l’un en présentant sur Internet du contenu média venant compléter son offre télévisuelle, l’autre multipliant les plates-formes texte et vidéo sur la Toile pour attirer un maximum de visiteurs vers son portail. Sophie Dufort, d’Astral, et Marie-Josée Lachance, de Sympatico, ont donc présenté avec enthousiasme leur modèles de développement propre à chaque type d’entreprise, que ce soit avec un nombre important de chaînes spécialisées sur le câble, ou via un portail web centralisé, ils sont plus de six millions d’internautes à visiter l’ensemble des sites des deux réseaux (un million pour Astral, cinq millions pour Sympatico), un nombre impressionnant qui correspond également à un million de clics pour la webtélé sur le réseau d’Astral où – sans véritable surprise – Canal Vie remporte la palme de la popularité.
Chez Sympatico, on a davantage misé sur l’établissement de partenariats avec des producteurs tierces de contenu pour développer un réseau, plutôt que sûr la solidité d’un ensemble de chaînes déjà bien établies dans le paysage télévisuel québécois. Au final, cependant, les deux réseaux offrent une gamme de services vivant sensiblement le même public, soit en majeure partie des femmes de plus de 35 ans gagnant bien leur vie.
En conclusion, il est indéniable que le paysage télévisuel se transforme, mais – étrangement – ces changements ne sont pas particulièrement visibles à la télévision elle-même. C’est plutôt avec les offres de vidéo sur demande et la création de contenus exclusifs au web que l’environnement de la télé québécoise se diversifie chaque jour de plus en plus, histoire de non seulement offrir un service à valeur ajoutée, mais sans doute également d’aller rejoindre les jeunes téléspectateurs qui désirent désormais des contenus accessibles en tout temps, et non plus seulement à des heures précises. La télévision quitte donc l’appareil relégué au salon, et se transporte non seulement sur l’ordinateur, mais également dans le téléphone, la tablette électronique, voire le lecteur de fichiers multimédias portable. Et même si les revenus ne sont pas encore tout à fait à la hauteur des bénéfices réalisés dans les médias traditionnels, les annonceurs s’adaptent – souvent plus rapidement que les médias eux-mêmes – et saisissent les opportunités au bond.
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Dans la catégorie: À la une • FNC 2010
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