Frédérik Gravel, virtuose de la performance

Laurence CARDIN

Mercredi soir soir dernier, j’ai assisté à la deuxième représentation de Tout se pète la gueule chérie du chorégraphe montréalais Frédérik Gravel. La pièce avait été présentée en mai dernier lors du Festival TransAmériques et je l’avais raté. Quand la programmation de La Chapelle est sortie, je fus ravie de constater que le spectacle y reprendrait l’affiche pendant plus de deux semaines, ce qui représente un nombre élevé de représentations pour un spectacle de danse contemporaine pour petit plateau.

Je dois avouer que la distribution entièrement masculine m’avait séduite, quatre gars qui dansent, ce n’est pas tous les jours que l’on voit ça. Surtout quand parmi les interprètes on compte Dave Saint-Pierre,  que l’on n’a pas vu danser  pour d’autres chorégraphes depuis un bon bout de temps. J’avais eu la chance de voir le travail de Gravel lors de Clash en 2008 et j’étais curieuse de voir où en était rendu ce chorégraphe émergent.

Tout se pète la gueule chérie a eu le temps de changer depuis le mois de mai, les artistes viennent de terminer une résidence à La Chapelle et comme le précise lui-même Gravel au début de la prestation, le spectacle change et évolue sans cesse, tous les shows sont différents et cela permet à l’œuvre de ne jamais cesser d’évoluer. Voilà pourquoi il n’est pas gêné d’avouer à son public qu’il s’agit d’un work in progress, ce qui se confirme par le port de vêtements d’échauffement, des transitions sèches et non formelles, la présence importante de séquences d’improvisations. Tous ces éléments laissent croire que l’on assiste plutôt à une répétition. Cette forme de performance est de plus en plus fréquente et elle permet de démystifier la création d’un spectacle en  incluant le spectateur dans le processus. Trop souvent les spectateurs se demandent comment se déroule la création en danse, Gravel le montre au grand jour et brise les conventions habituelles du spectacle.

C’est dans une ambiance très intime que débute Tout se pète la gueule chérie, alors que les artistes saluent au passage quelques spectateurs et amis. L’œuvre, ou devrais-je plutôt dire la performance de Gravel, se divise sous forme d’études à travers lesquelles le chorégraphe explore les rapports sociaux humains. Même si Gravel affirme ne pas avoir cherché à faire une pièce portant sur l’identité de l’homme, c’est tout de même le résultat qui en ressort. La gestuelle est brute, musculaire, tendue, près du sol et souvent à caractère sexuel. Un des moments forts du spectacle est la séquence où les 3 danseurs bougent, bière à la main! La trame musicale jouée par Stéphane Boucher, musicien polyvalent, joue un rôle important dans l’œuvre, on y retrouve autant des chansons connues que d’excellentes créations originales. Notons également l’impeccable jeu physique de Nicolas Cantin et un Dave Saint-Pierre énergique toujours aussi provocant.

Il ne faut pas s’attendre à voir beaucoup de danse dans ce spectacle, la performance y est au premier plan, ce qui semble être devenu la signature de Gravel.  Notons que le chorégraphe sera à l’affiche au mois de novembre avec sa nouvelle pièce Gravel works.

Tout se pète la gueule chérie – 7 au 18 septembre au théâtre La Chapelle

Gravel works de Frédérik Gravel- 9 au 20 novembre au théâtre La Chapelle

Dans la catégorie: Culturel

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