Qui assassine qui?
Martin PRÉVOST
Abraham Lincoln va au théâtre est une excellente leçon de théâtre. Le théâtre dans le théâtre, dans le théâtre, c’est une bonne manière de se questionner sur cet art qui vient nous chercher bien davantage que le cinéma et souvent plus que la littérature. En tout cas, les étudiants en théâtre qui se trouvaient dans salle semblaient se sentir particulièrement concernés par chacune des allusions faites aux auteurs de théâtre mais surtout aux metteurs en scènes ou aux professeurs de théâtre : « Allez, danse la mort d’Abraham Lincoln ! » Facile, encore…
Il est très riche, le texte de Larry Tremblay, qui reprenait la route au Québec, le 8 septembre à l’Espace Go, après avoir connu de grands succès depuis 2008, année de sa création. On imagine le plaisir qu’a eu l’auteur à construire une histoire alambiquée qui risque de perdre un peu le spectateur qui ne serait pas très attentif. Je le vois sourire d’ici… rétrospectivement. Mais au-delà de la leçon de théâtre, cette pièce nous parle de la gloire de l’acteur, de la gloire du metteur en scène, de la gloire de l’auteur. De la gloire que chacun cherche à atteindre, au prix, souvent, de nombreux sacrifices. Pour atteindre à cette gloire, à cette renommée, au titre du meilleur des meilleurs, l’un met en danger sa vie familiale, l’autre sa santé physique, le dernier sa vie même ! Ils sont tous prêts « à faire l’impossible » pour y arriver.
Les comédiens, qui animent des personnages qui semblent d’abord œuvrer de concert, nous entraînent ensuite dans une espèce de « triel » : un duel à trois. Pas de discussion possible, les performances d’acteurs ont de quoi nous impressionner, nous combler. Tout y est : le rythme, l’intensité, le drame, l’énergie, la souplesse, la répartie et l’humour. Hélas, nous avons aussi droit à quelques longueurs : des redites dans le texte, et à un peu de cabotinage. Comme si l’auteur avait tenu, à certains moments, à aider le spectateur à reprendre son souffle pour mieux comprendre.
Point de lourdeur cependant dans la mise en scène ni dans les décors qui sont d’une économie et d’une simplicité très efficaces. L’usage d’extraits sonores est aussi très à propos.
Au fond, j’avoue ne pas être certain d’avoir saisi tous les niveaux de la pièce et c’est sans doute un peu cette complexité qu’elle recèle qui lui justifie déjà une deuxième vie au Québec et sans doute ailleurs.
Dans la catégorie: Culturel
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