Paul McCartney au Centre Bell. Pour rêver.

Xavier PROULX

Jeudi soir, le Centre Bell est devenu un bateau où la foule déferlante était submergée de bonheur. Les flash des caméras m’entouraient, j’avais l’impression de flotter dans une marée d’espoir, une marée de souvenirs et d’accomplissements pour un public qui avait attendu ce moment parfois toute une vie.

Car les Beatles, et McCartney en tant que fidèle ambassadeur de leur gloire, portent en eux ce lien privilégié entre les générations. De fait, le public était d’une éclatante diversité. Il n’était pas rare d’y voir des têtes grisonnantes regarder placidement un miroir de leur jeunesse, ou encore ces hommes d’affaires dont le complet se déboutonnais de plus en plus au fil de la soirée jusqu’à se risquer à devenir complètement déhanchés depuis leur loges. Ou encore toute la petite famille, jeunes filles comprises, qui criaient à en pleurer pour perpétuer la tradition familiale. Oui, un véritable pont entre les générations, et un témoignage grandiose du sentiment de pur amour qui régnait jeudi soir au Centre Bell.

Car personne, personne, ne peux dénier l’importance du plus grand groupe rock de l’histoire. Et bien souvent, le fanatisme se transmet de parents à enfants. Bien souvent, l’histoire d’une enfance, toutes générations confondues, passe par les Beatles. Quand à six ans, assis devant la table tournante du salon à 6h du matin,  j’écoutais Let It Be, je contribuais à ma façon à la perpétuité de la magie de l’histoire. Jeudi soir, c’était à mon tour de ne pas pouvoir croire que les vieux vidéos en noir et blanc, avec les filles à grosses lunettes qui criaient à la télévision sur « All My Loving », que les histoires de mon père qui se cachait derrière le fauteuil du salon de mon grand-père pour écouter l’Ed Sullivan Show en direct en cachette, hé bien ne pas pouvoir croire qu’il s’agit ici de la même personne devant moi, de la même chanson, encore bien vivante – et en couleur qui plus est !

Ou bien quand mon père me racontait que du temps des Wings, le piano explosait à la fin de l’interprétation de « Live And Let Die ». Le piano explosa effectivement…

On l’aura compris, ce concert était une expérience de vie. Un morceau d’histoire déroulé en grande pompe devant ses yeux. Un morceau d’une telle candeur, d’une telle simplicité, toujours emprunte du légendaire flegme britannique, qu’on ne pouvait pas faire autrement que de rêver nous aussi.

McCartney est d’une telle simplicité, d’un tel charisme, d’une telle noblesse face au poids d’une œuvre si légendaire qu’on ne peut qu’en perdre la voix. Et pleurer. Pleurer de tous les souvenirs que l’écoute de chaque pièce nous apporte.  Pleurer de joie d’avoir la chance de contempler ce morceau d’histoire. Et en retour, Paul d’en prendre grand plaisir. De jouer ces pièces de musée avec autant de plaisir que la première fois. D’inviter ses fans à monter sur scène pour obtenir un autographe. Paul le magicien. Paul le compteur, qui raconte des anecdotes sur leur visite avec les politiciens russes à la Place Rouge juste avant d’entamer «Back in the USSR» devant les spectateurs en délire qui pour un peu se seraient mis à danser la main dans la main.

Un concert de trois heures, et aucune gorgée d’eau pour l’ancien Beatles, rayonnant du haut de ses 68 ans. Quel artiste d’aujourd’hui en ferait autant ? Difficile à prédire. Sa fidèle basse Hofner au cou, il interpréta près de deux heures de chansons des Beatles.

Entouré de pancartes « I <3 you Paul » alors que « All My Loving » se déchaine, j’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Je flotte au dessus de la foule, à quelques brasses d’air de cette légende vivante, et je remonte le cours du temps. Quand « A Day in the Life » se change à « Give Peace a Chance » de Lennon, Paul rend un hommage poignant à l’ancien Beatles. All we are saying, is give peace a chance ! La foule m’englobe dans le moment de concert le plus inoubliable d’une encore jeune vie.

Les superlatifs, pièces après pièces, pourraient se succéder. Paul reviendra-il à Montréal un jour ? Certaines rumeurs parleraient d’une tournée d’adieu déguisée. À 68 ans on comprendrait pour n’importe qui…

Le drapeau Québécois fréquenta l’Union Jack sur la scène jeudi, dans un geste de communion musicale qui dure maintenant depuis quarante ans.

Et on ressort au grand air. Car toute bonne chose a une fin, Paul l’aura dit lui même. Après 36 chansons, après avoir entendu « Yesterday » interprété par son créateur, après être revenu à la réalité du monde – telle une ruelle de Liverpool à la façon du film Across the Universe – on se dit « wow ». Sauf que ce n’était pas un film.

Photos et vidéos : Xavier Proulx et Éloïse Lehmann, collaboration spéciale.


Liste des chansons jouées

Venus And Mars/Rockshow

Jet

All My Loving

Letting Go

Drive My Car

Highway

Let Me Roll It

The Long and Winding Road

Nineteen Hundred and Eighty Five

Let ‘Em In

My Love

I’ve Just Seen A Face

And I Love Her

Blackbird

Here Today

Dance Tonight

Michelle (spécialement pour Montréal)

Mrs. Vandebilt

Eleanor Rigby

Ram On

Something

Sing The Changes

Band On The Run

Ob-La-Di, Ob-La-Da

Back In The USSR

I’ve Gotta Feeling

Paperback Writer

A Day In The Life/Give Peace a Chance

Let It Be

Live And Let Die

Hey Jude

PREMIER RAPPEL

Day Tripper

Lady Madonna

Get Back

DEUXIÈME RAPPEL

Yesterday

Helter Skelter

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (reprise)/The End

Dans la catégorie: À la uneCulturel

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