Arcade Fire – The Suburbs, enfin!

Xavier PROULX

C’est ce mardi que sortira The Suburbs, le troisième long-jeu d’Arcade Fire. Un événement grandiose, à l’image d’un groupe qui réinvente sans cesse la scène du rock indépendant, de même que nos rêves (Funeral) et nos cauchemars (Neon Bible). Analyse détaillée de la précieuse marchandise.

Le troisième album tant entendu d'Arcade Fire, The Suburbs, sera lancé ce mardi en version CD et Vinyl.

L’arrivée d’une nouvelle galette d’Arcade Fire constitue toujours un moment baigné d’une émotion intense. C’est que les enfants chéris du Mile-End se seront hissés, depuis la bombe qu’a été Funeral en 2004, à un rang de méga vedettes internationales. Salués de part et d’autre du globe, ils sont devenus des ambassadeurs du rock indie. Une étoile était née. Moment de fébrilité donc lorsque qu’une carte postale virtuelle fit son apparition au mois de mai dernier : Arcade Fire avait terminé son nouvel album. Les singles Month Of May et The Suburbs donnaient amplement le ton. Ils étaient de retour, attendus par une nuée de critiques les plus prestigieux, pour un verdict des plus triomphal.

C’est qu’Arcade Fire a toujours eu la merveilleuse faculté de se réinventer album après album. Non, bien entendu que non, on n’aura jamais un deuxième Funeral. Mais d’ailleurs, pourquoi faire ? Chaque thème – chaque album –  y est déjà merveilleusement bien exploré. À quoi bon vouloir refaire le passé ? Vint ensuite Neon Bible, album sombre, poignant, probablement le meilleur album que j’ai pu acheter en main propre dans ma vie. Imaginons la scène de tenir cette bible musicale entre ses mains et se remémorer la première impression, poignante, d’une écoute qui deviendrait bientôt légendaire. Comme je l’écrivais à l’époque sur mon blogue personnel, « Neon Bible est un de ces chef d’œuvre musical à conserver pour les générations futures, rien de moins ». Oui, Arcade Fire, c’est à ce point génial.

Et maintenant l’histoire se répète. C’est ce mardi que paraîtra The Suburbs – en excluant tous les singles viraux propagés sur Internet, les fuites, les concerts secrets pas si secrets dans les stationnements de centre d’achats et autres créations d’un hype – dernier né des sympathiques musiciens à bretelles. The Suburb est composé sur un tempo moyen; des ballades la plupart du temps. La cohésion entre chaque pièce est franchement sublime, faisant osciller l’auditeur entre ballade rock euphorique (City With No Children, Month of May) et nostalgie grandiose (Half Light, Suburban War, tout simplement belle). N’oublions pas non plus les sublimes arrangements de Deep Blue. Car ce disque est plus posé, plus réfléchi que jamais.

Les accords de Rococo sont poignants, graves, profonds. On semble vouloir y retrouver l’ambiance enfumée et urgente de la genèse du groupe. « Rococo Rococo Rococo !», la voix de Win Butler résonne compulsivement jusqu’à se perdre dans une mer de distorsion. Le rendu de cette pièce est de loin supérieur  à la version entendue à Longueuil plus tôt cet été, qui avait déjà fait jaser bien des fans de par sa grande qualité. La grande pièce de résistance de cet album.

City With No Children introduit une parfaite maîtrise de la ballade rock au sein du répertoire du groupe (lire une progression électronique digne du U2 des années 80). La voix de Butler a grandi en assurance et il devient ici un interprète magistral du rock.

Les synthétiseurs ont fait une entrée remarquée dans la deuxième partie de l’album. La série des Half Light I et II sont épiques, d’un soupçon d’années 80 oubliées. Encore une fois, une progression d’arrangements à la U2 vient à l’esprit.

Sprawl II, inspiré par la platitude infinie du boulevard Taschereau (sans jeu de mot) risque de devenir le prochain hit de la formation. La voix de Régine noyée dans les synthétiseurs new-wave des années 80 devient presque méconnaissable. On dirait du vieux New Order, et c’est succulent de fraicheur. Et pourtant, par la lecture des arrangements, on reconnaît peu après la signature d’Arcade Fire. Un exemple parfait d’une grande créativité pour un groupe qui demeure toutefois fidèle à son essence première. Du grand, très grand art dans la création d’une « Pop qui n’en est pas une ». Paradoxal peut-être, mais cette pièce aura l’effet d’une bombe, au même titre que Rebellion (lies) dans les clubs. On imagine sans peine une ballade sur le boulevard Taschereau, les Wal-Mart et autres icones de la banlieue tout au long du parcours, le soleil couchant au loin, dans une auto carrée des années 80.

Oui, le voyage au cœur de The Suburbs est d’autant brillamment réussi et nous pourrions continuer les analogies et les superlatifs pièce après pièce. Certains critiques osaient parler d’un album de l’ampleur d’OK Computer. Je n’en suis pas là, mais il s’agit définitivement ici d’un bloc de roc.

Une particularité dans le son de l’album : il pourrait sembler délavé. En effet, après avoir enregistré le master, le groupe a fait presser les enregistrements sur une laque en vinyle, puis a enregistré directement le son de ces disques. C’est cet enregistrement qui s’est retrouvé sur le cd en vente. C’est donc dire que le cd contient précisément…l’enregistrement fidèle du vinyle! Le son est donc beaucoup plus chaud, coloré, imparfait. Un geste de révolte contre l’horrible tendance à gonfler les enregistrements modernes d’un volume artificiel.

The Suburbs est un disque d’une grande beauté, d’avantage orienté vers les ballades rock que vers les grandes envolées orchestrales romantiques qui avaient fait la marque de Neon Bible. Toutefois chaque pièce est savamment balancée au niveau des enchaînements, de l’orchestration, de la guitare et de la voix de plus en plus grandiose de Win Butler. Du grand art et une preuve que la bonne musique n’est pas morte.

4/5

Voici le premier extrait (et la pièce titre) de l’album The Suburbs:

Dans la catégorie: Culturel

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