Montréal complètement cirque – Sway : tranche de vie
Laurence CARDIN
Deux hommes arrivent enfin. Elle les attendait. Heureux de se retrouver et pas vraiment à la fois. Tranche de vie. Voilà avec justesse comment les créateurs du spectacle nous préparent pour Sway.
Pour sa première visite au Québec, la troupe belge les Mains sales a choisi la pièce Sway, présentée à l’Usine C pour trois représentations. Une pièce où trois personnages explorent un moment de vie en toute douceur.
L’oeuvre est simple, mais touchante. Une création où le cirque ne se fait pas dominant et que l’intégration des séquences sur appareil sert à l’évolution de la pièce est quelque chose que l’on voit trop peu souvent en cirque. L’oeuvre se construit autour de trois personnages et leurs échanges maladroits et attachants. Les artistes de Sway sont complets, à la fois comédiens, musiciens et acrobates. On est très loin de la performance où l’on enchaîne numéro après numéro où l’on met en scène des athlètes plutôt que des artistes. Dans Sway, les portées se veulent une exploration en profondeur des techniques de la discipline, à travers les portées, un échange se construit sur des regards et des dialogues. Le dispositif scénique est simple, un cadre aérien et un toboggan sont les seuls appareils utilisés. On y met en scène différents aspects de la relation homme femme et celle de porteur/voltigeur, les tensions et la domination sont évoqués en toute subtilité.
Les protagonistes frôlent le clownesque. Le kitsch belge est bien représenté alors que les personnages masculins abordent la moustache et les bottes pointues et qu’ils évoluent dans un décor ultrakitsch sur des airs de Harry Belafonte et Dean Martin. On rit des gags absurdes et des échanges cocasses entre les personnages. Une belle création actuelle qui nous montre que le cirque peut très bien s’intégrer à d’autres disciplines artistiques et exprimer des propos sensibles et subtils.

