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Fantasia – Construire l’éternité

Déposé par Hugo Prévost dans 24 juillet 2010 – 17 h 13 minUn commentaire

Hugo PRÉVOST

Mille siècles. Cent mille ans. Voilà la durée de vie des déchets nucléaires produits par les réacteurs atomiques un peu partout sur la planète. Le réalisateur Michael Madsen offre, avec Into Eternity, une plongée au coeur du programme Onkalo, un site d’enfouissement pour les déchets radioactifs finlandais. Au-delà du simple documentaire technique, cependant, Madsen examine en profondeur toutes les implications politiques, philosophiques et morales de cet effort colossal s’étirant sur cent ans, mais devant en survivre mille fois plus, offrant au spectateur un film étrangement beau et touchant.

Onkalo est tout d’abord un chef-d’oeuvre d’ingénierie : le complexe, formant une spirale circulaire descendante, s’enfoncera à terme à plus de 550 mètres sous la surface du sol. À terme, faut-il le préciser, car si la planification et la construction ont débuté au vingtième siècle, ce mégaprojet ne sera complété qu’à l’aube du 22e. Cela signifie bien sûr d’immenses ressources et un coût certainement vertigineux, mais permet également aux ingénieurs et aux travailleurs de prévoir une construction la plus parfaite possible. Après tout, il ne s’agit pas ici d’un immeuble à bureaux, érigé en quelques années, mais d’un sanctuaire pour déchets radioactifs, creusé dans la roche, et censé pouvoir résister au passage des éons, jusqu’à ce que, un jour, son contenu cesse d’être mortel pour les Hommes, mais également pour la planète.

Rapidement, les questions philosophiques et sociologiques abondent; comment avertir les générations futures, surtout si l’on ignore de quoi auront l’air les descendants de l’être humain (si descendants il y a), encore moins quel langage sera utilisé ou le niveau technologique atteint. Devant cet instant d’éternité, les ambitions humaines paressent soudainement puériles; il s’agira après tout de l’artefact humain qui devrait durer le plus longtemps de notre courte Histoire. Dans un style mélangeant le documentaire et le futurisme rétro des années 60, 70 et 80 (avec même une touche musical de Kraftwerk), Michael Madsen explore bien la grande majorité des problèmes soulevés par Onkalo selon un angle technique d’abord, puis poétique, et enfin philosophique.

Telle une beauté éthérée et éphémère, Into Eternity s’enfonce petit à petit dans les méandres du futur, tel un monument à la dangereuse vision de grandeur des Hommes, et les terribles conséquences qui y sont associées.

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