Le Mondial réveille la fierté originelle
Damien MINGOT
Dimanche 11 juillet, la finale opposant l’Espagne aux Pays-Bas à Johannesburg a conclu le Mondial de soccer. Si le ballon rond n’a pas ici l’aura médiatique dont il dispose en Europe ou en Amérique du Sud, il n’en reste pas moins que certains quartiers de Montréal ont vécu à l’heure sud-africaine ce dernier mois. Alors pour ce baissé de rideau, je me devais d’être de la fête. Ambiance dans les rues de la métropole, un jour d’été pas tout à fait comme les autres.

Les passionnés du ballon rond étaient nombreux à suivre la finale du Mondiale, dimanche dernier. Photo : Damien Mingot
Il est tout juste 13 heures passées en ce jour dominical et le Boulevard Saint Laurent sent déjà monter une chaude effervescence. Dans le rôle de catalyseur, les 30 degrés ambiants s’accordent parfaitement avec l’instant présent. Un regard en contrebas confirme l’impression ressentie sur la ligne 55 une dizaine de minutes auparavant : deux teintes dominent, l’une plus que l’autre. Le rouge tient en respect son homologue orange. Pas de doute, je me trouve bel et bien sur l’artère idéale pour suivre intensément la 11e finale de la Coupe du Monde de soccer. Mais surtout la partager avec deux communautés aux abords diamétralement opposés. D’un côté, les Espagnols au sang latin, aussi brulant que le désert lui-même. De l’autre, les Hollandais au flegme légendaire. Sauf qu’un jour comme celui-ci, les clichés sont mis à mal. Et je ne tarde pas à le vérifier par moi-même, non sans dommage vestimentaire. Posté à un feu de signalisation, j’attends patiemment mon tour lorsqu’un bruit assourdissant me parvient jusqu’aux oreilles. Bilan de l’opération : un sursaut incontrôlé, une cannette renversé et un tee-shirt détrempé.
L’origine du barouf est rapidement identifiée : une corne de soixante-dix centimètres de long appelée vuvuzela. De nationalité sud africaine, elle est la star décriée du Mondial et l’ennemi des oto-rhino-laryngologistes. Son propriétaire est batave : Franck, 26 ans, à Montréal depuis un mois, l’avoue lui-même : « Plus je souffle dans la trompette et moins j’entends. Mais aujourd’hui, c’est un jour spécial, alors bon… » Vous avez dit flegme ? Originaire d’Amsterdam, Franck a fini ses études en business international à Leeds (Angleterre) le mois dernier, tout comme sa blonde de Française. Une envie d’ailleurs, une dernière année de liberté avant de s’engager dans une vie professionnelle au stress constant, les ont poussés à franchir l’Atlantique et poser leurs backpacks au Québec. « Pour l’instant, ce n’est que du bonheur ! » savoure le grand blond, avant d’ajouter : « Montréal est une ville vraiment accueillante. Les gens sont gentil, mais parfois un peu trop ! » L’Européen a parlé. Et supporter ses couleurs loin de ses terres, ça lui fait quoi ? « Un très fort sentiment de fierté et une envie d’être à la hauteur par rapport à la nation qui m’accueille. » Cela mérite bien un coup de trompette sudaf.
À une demi-heure du coup d’envoi, tous les bars qui retransmettent la finale affichent complet. Malgré tout, les plus obstinés s’amassent à leurs abords en espérant apercevoir ne serait-ce qu’un coin de téléviseur. D’autres ont fait preuve de plus de prudence, comme Marianne et ses amis, campés à l’intérieur du Divan Orange depuis une heure, bien avant le rush. Vêtue aux couleurs rouge et jaune de l’Espagne, la Madrilène de 27 ans goûte avec plaisir et émotion ce jour particulier : « Je suis arrivée à Montréal à l’âge de sept ans. Mes parents recherchaient des opportunités de travail qui ne s’offraient pas à l’époque en Espagne. » Sans parler un mot de français, pas plus d’anglais, la période d’adaptation est longue et difficile. Une étape inévitable qui finalement décuple le sentiment de fierté. Aujourd’hui plus qu’un autre jour, Marianne a une pensée pour son pays natal. « Si toute ma famille réside en Espagne, je vis cependant intensément avec eux. » Et la jolie brune de lever sa sangria avec son entourage.
Pour ma part, je décide de remonter Saint-Laurent afin d’humer l’atmosphère du quartier du Mile End, le traditionnel quartier d’immigrants. Entretemps, je croise Marco et son fiston, avant que sa femme nous rejoigne. Du rouge et jaune en veux-tu en voilà, il n’y a aucun doute sur les couleurs défendues par la smala fort sympathique. Dans la bouche du quadragénaire aux parents espagnols, les mêmes sentiments de « fierté » et « d’amour du pays natal » que Marianne et Franck. A la question « Dans quelle proportion vous sentez-vous espagnol ? », le Montréalais de naissance ne fait guère planer l’ombre d’un doute : « Je suis 100% espagnol ». Une réponse entendue quelques instants plus tôt au Divan Orange.
Pour l’heure, je dégote tant bien que mal une place assise au café Olympico, rue Saint Viateur. Mon verre de bière suinte autant que les joueurs sur le terrain. Après 118 minutes de jeu, l’Espagne est libérée, les Pays Bas déprimés. J’ai alors une pensée pour Franck et sa maudite vuvuzela…
Dans la catégorie: Chronique • Sport
Mots-clef: ambiance, Chronique, coupe du monde, espagne, finale, héritage, immigrants, mondial, montréal, portugal, sport, vuvuzela



Salut Damien,
bienvenue dans les chroniques pieuvroises!
xxtine
Un grand merci Christine !
A bientôt.