Le Deuxième Gant, une manipulation parfaitement huilée par Natasha Beaulieu

Ingrid VALENT

En cette année 2010, Natasha Beaulieu décide d’abandonner son style fantastique de la trilogie des Cités Intérieures pour nous faire découvrir son quatrième roman dans un contexte purement réaliste, mais où le fétichisme, la cruauté et l’ambiance malsaine de la peur demeurent inextricables. La grande passion de Natasha Beaulieu pour l’Angleterre, tout autant que ses études littéraires de cette nation, s’exposent d’une manière encore plus évidente dans sa trilogie précédente débutant par L’Ange Écarlate, publié dix ans plus tôt.

Le Deuxième Gant relate la vie d’humiliation et de déshonneur d’une famille québécoise de la région de Montréal, principalement à travers l’existence de Marie-Aile, une jeune femme renfermée. Son départ dans la vie fut parsemé de grandes pertes et de mauvais choix qui la mènent à vivre telle une zombie avec un travail ennuyant qu’elle préserve depuis une dizaine d’années, et un conjoint abusif et violent la maltraitant sexuellement. Un jour comme les autres, elle fit une rencontre peu commune avec un personnage énigmatique qui lui donna un de ses gants en cuir rouge en lui disant « L’amour nait parfois de la cruauté ». À travers l’effet inattendu de cette rencontre, et devant l’incompréhension du symbolisme, Marie-Aile se lance dans une recherche à travers laquelle les portes de la connaissance s’ouvrent à elle avec un fracas imprévu.

En constante alerte, les étapes se succèdent avec une étonnante intensité et au plus grand étonnement du lecteur au fur et à mesure de son avancement dans l’histoire. La jeune femme, malgré l’éternelle soumission dont elle a toujours fait preuve, s’aventure dans une redécouverte d’un passé à travers d’anciennes correspondances datant de la Deuxième Guerre Mondial entre deux amants, mais également vers un futur qui changera à tout jamais sa vie de femme abusée et docile.

Ce livre, bien que très réaliste, comporte tout de même une vision fantastique du fait de la manipulation du passé, du présent et du futur qui semblent s’entremêler lors de plusieurs situations ambiguës choisies. Cette même manipulation du texte, par le choix de démarcations spécifiques, incite le lecteur à un voyage forcé et actif entre les différentes habitudes de vie des personnages entourant l’héroïne, et nous encourage à comprendre des diverses psychologies des personnages tous aussi complexes et perturbés, que ce soit par des épisodes sombres de leur passé ou par leurs tendances sexuelles. De légères critiques du milieu social semblent également émaner de ce roman par des questionnements sexuels avec la misogynie, le travestissement et le fétichisme, mais également une question principal sur le pouvoir et la domination par la manipulation. Ce principal questionnement est le fil conducteur de toute l’intrigue de l’histoire, huilé grâce à la curiosité de Maire-Aile. L’emprise manipulatrice, que lecteur subit également, garde un pouvoir contrôleur de plus en plus consistant au fil du roman jusqu’à la dernière réplique qui annonce enfin la dernière des réponses aux innombrables énigmes exposées au cours de l’aventure.

Dans la catégorie: Culturel

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