Peut-être un peu trop sous surveillance
Hugo PRÉVOST
La détective Maud Graham reprend du service dans le nouveau roman policier de Chrystine Brouillet, Sous surveillance. Troisième opus centré sur l’héroïne détective, Sous surveillance joue sur la peur d’être épiée, surveillée, suivie, et pire encore, par un mystérieux agresseur, thème récurrent dans la société moderne. Hélas, l’auteure a quelques difficultés à instiller un climat de peur, voire de tension, réellement efficace; au final Sous surveillance constitue un effort notable, certes, et tout n’est pas mauvais, mais le lecteur reste sur sa faim.
Témoin bien malgré elle d’un accident de la route mortel, Gabrielle Leland prend la fuite et quitte Québec pendant dix ans. De retour dans la vieille capitale, elle renoue avec Alexandre Mercier, un ancien ami. Ce dernier, fou amoureux d’elle, fera tout pour la séduire. Ce que Gabrielle ignore, cependant, c’est que l’amour d’Alexandre a souvent des conséquences funestes. Dès lors, les lettres anonymes et les corps commenceront à s’accumuler… Si cette prémisse aurait pu instaurer une ambiance suffisamment glauque, le lecteur s’y serait trouvé englué, prisonnier de l’intrigue; hélas, il en est tout autrement. Alexandre est, dès le départ, clairement désigné comme meurtrier de ses anciennes flammes et se voit de facto attribuer le rôle du méchant.
Malgré tout, ce changement de méthode littéraire a l’avantage de nous faire découvrir les motivations du tueur, de pénétrer les noires abysses de son esprit. Si cet objectif est ici partiellement atteint, on attend surtout que les événements progressent pendant la majeure partie du livre. Chaque motivation, chaque désir des personnages est méticuleusement décrit, soit l’équivalent de braquer un projecteur sur cette ruelle que les lecteurs de romans policiers apprécient sombre et mystérieuse. Pis, l’enquête policière tarde fortement à apparaître, ne prenant de l’importance que vers la fin du livre, pour clore l’histoire en beauté.
Oui, Sous surveillance est une lecture agréable, mais une lecture d’été, rien qui ne vous fera vous accrocher aux pages, égrenant les mots comme si chaque syllabe vous rapprochait de la solution à l’énigme. Pour une enquête de Maud Graham, cette dernière est désespérément absente du paysage pour en pimenter le récit.
Sous surveillance, aux éditions La courte échelle, 331 pages
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: chrystine brouillet, enquête, littérature, maud graham, meurtre, policier, roman, sous surveillance



