Entre danse et lumière : Miroku au FTA

Émilie PLANTE

Miroku, c’est l’évocation d’une force unique. Celle d’un danseur complètement seul sur scène, dont les mouvements du corps, ultime source d’expression, s’accompagnent d’effets lumineux sensationnels. À mi-chemin entre la quête spirituelle et la quête artistique, Miroku, du chorégraphe Saburo Teshigawara, a tout pour subjuguer le public.

Photo : FTA

En danse contemporaine, il est souvent primordial de connaître la démarche du chorégraphe avant d’assister à un spectacle. Souvent, la clé de l’énigme est offerte dans la brochure remise aux spectateurs. Miroku n’échappe pas à cette tendance. Car sans au préalable quelques notions de base, le spectacle peut paraître abstrait. Il faut d’abord savoir que Miroku est le terme japonais qui désigne l’ultime réincarnation de Bouddha, qui se produit lorsque le monde est en parfaite harmonie. Le chorégraphe Saburo Teshigawara traduit cette poursuite de l’harmonie en alternant les moments de fébrilité et des séquences imprégnées d’une force tranquille. Tout est contraste et nuance dans ce spectacle : les jeux d’ombres et de lumières, la musique, tour à tour angoissante et plus classique, les séquences qui opposent des rythmes endiablés aux postures d’une totale immobilité. C’est sans doute ce qui captive le public, qui ne veut rien perdre de ce qui se trame sur scène. Car, malgré le décor épuré et la présence d’un seul artiste, le spectacle offre un éventail de sensations à retenir.

Entre les gesticulations vives et la danse à proprement parler, Saburo Teshigawara manie comme un maître l’art de la suggestion. Son corps, tel un instrument, habite entièrement la scène. Les mouvements s’enchaînent avec équilibre dans cette mise en scène très sobre. De plus, les couleurs qui ornent le costume du danseur ne sont peut-être pas des choix fortuits. Le japonais Teshigawara  est vêtu d’un chandail rouge et de pantalons noirs, deux couleurs opposées selon le symbolisme japonais. Le rouge et le noir évoquent respectivement le faux et la sincérité. Une allusion à de tels contraires est tout à fait probable, dans cette œuvre qui propose un véritable dialogue entre des éléments dissemblables.

L’énergie qui se dégage à la fois de la chorégraphie, des effets lumineux et de la musique tranche avec le vide de la scène et la foule presque en état de recueillement. Énergique et mystique, comme l’art graphique japonais, cette chorégraphie exprime finalement beaucoup à l’aide de peu.

Présenté à la Place des Arts les 11 et 12 juin derniers.

Dans la catégorie: CulturelFTA 2010

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