Grand Prix de Montréal: tourner dans le vide.
Christine PLANTE
Je me sens tellement villageoise de tripper sur le hockey, quand de «vrais sports» débarquent en ville. Quand la ville est Grand Prix, quand la ville est FIFA, qu’on fait partie d’un engouement global, un trip multi-poly-culturel général et affirmé. Et l’on se sent tout petit. Le montréalais-type en perd son (quartier) latin, et la «petite» Italie devient titanesque.
Ce week-end, c’est le Grand Prix de Montréal. Les touristes fusent, les rues bourdonnent, les événements de la jet-set font jaser toute l’élite du grand Twitter. Alors quand on te propose deux billets «gratiss» pour les «qualiffs», ben oui, tu t’empresses d’opiner, de remercier, et de t’exciter pour la grande course à la vedette.
Heille, des billets pour le Grand Prix….
C’est ainsi qu’avec engouement, tu mets ton réveil en marche un matin de week-end. Que tu te fais ta toilette du samedi soir «sexy-mais-décontractée» en buvant ton café, et hop! Dans le métro, à fond la caisse vers les bolides. À midi, tu nages, tu baignes dans la foule, somme toute docile devant les «on avance vers le fond du quai !» et les «Circulez !» scandés par les fonctionnaires visiblement dépassés par l’ampleur de la masse humaine. Et tu obéis, et tu te laisses passivement guider, avec tes milliers de voisins bêlants, à travers le parcours sinueux qui mènera sur les gradins. Des pancartes ponctuent le chemin, tu en perds le nord, des petits bouis-bouis proposent des hot-dogs graisseux aux passants qui ont le courage de faire la queue en cours de route.
Et c’est là que, pour la première fois, tu t’aperçois qu’en fait, il fait chaud, le monde sacre, ça boit de la grosse bière, ça sue, ça ressemble plus au «spring break» à l’américaine qu’aux mondanités exclusives de Monaco.
Après plus d’une heure de marche, tu arrives à ta «tribune». Si j’avais l’impression d’être un mouton, les gradins ont plutôt des allures de poulailler. Tout est en alu, et l’on est massés tellement serré que je me demande s’il y a des primes à l’embonpoint. Ça piaille, et on a un bon quinze avant les courses pour faire un peu de lèche-passant. J’ai remarqué quatre types dominants de spectateurs:
- les fans, les vrais, qui font fièrement et sincèrement de la belle publicité gratuite aux marques commanditaires des écuries;
- les riches, les vrais, qui font fièrement et sincèrement de la belle publicité gratuite aux marques commanditaires des stars: lunettes Louis Vuitton, montres Gucci, manucures français et chemises Polo, souliers savamment étudiés pour avoir l’air désinvolte, iPhone, teint juste assez basané…;
- les cons, les vrais, qui font fièrement et sincèrement de la belle publicité gratuite aux stéréotype du québécois moyen mangeux de roteux et adepte de la Coors Light;
- les autres, les «faux», ceux qui ont payé leur billet avec de l’argent de Monopoly, celui de la compagnie, et qu’en termes de publicité, ne font que constater que le paysage «branding» est déjà sur-saturé, et qu’il ne sert à rien d’en rajouter.
Constatations faites, je suis prête pour le show.
Une heure plus tard, je constate que j’attends toujours le show, mais les «qualiffs» sont terminées. J’ai pas vraiment vu passer l’action. Quelques levées mièvres de la foule au passage des pilotes favoris, beaucoup de bruit, mais au final, pas beaucoup d’action. Honnêtement, je me demande bien qui paierait 500 $ pour avoir les fesses assises à ma place, parce que le vrai show du Grand Prix, il se passe ailleurs que dans le poulailler.
Il se passe dans la rue. Dans la petite Italie, autour d’une Ferrari. Sur Crescent, aux côtés des «sexy babes» qui distribuent échantillons et autres insinuations. Sur Saint-Laurent, près des vedettes de cinéma et des martinis à prix aussi «boostés» que le moteur d’une auto de course. Sur Saint-Denis, qui profite du «hype» pour sortir terrasses et babioles à vendre au touriste avide de p’tits prix du p’tit Québec.
Le vrai show, tout compte fait, ce n’est pas le spectateur du Parc Jean-Drapeau qui en profite. Le vrai show est «gratiss», il est bien plus beau, il est omniprésent dans le grand Montréal, et c’est le piéton anodin qui le perçoit dans toute sa splendeur. Celui qui voit son voisinage pompé par l’économie étrangère, et sa petite ville qui, pour l’occasion, s’est déguisée en grand.
Dans la catégorie: Chronique
Mots-clef: Chronique, crescent, ferrari, fête, formule 1, grand prix, montréal, petite italie, saint-laurent, spectateurs, touristes, ville




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