FTA – Golpe ou l’anarchie personnifiée

Émilie PLANTE

Il est de ces spectacles qui se décrivent difficilement. Golpe en est un bon exemple. S’agit-il de danse moderne? Est-ce un happening? Un concert multidisciplinaire? Ou tout cela à la fois? Autopsie d’une œuvre engagée déconcertante.

Photo : TusketDance

Golpe, qui signifie «coup» en espagnol, puise ses origines de divers événements politiques dont l’Amérique du Sud, Cuba, et même la Palestine ont été les malheureux hôtes. Créée par Tammy Forsythe dans le cadre d’une trilogie présentée par sa compagnie TusketDance, cette performance évoque les coups de poing et les coups d’État, les protestations et le militantisme. Deuxième volet de la trilogie, Golpe aurait été inspiré d’un récent voyage de la chorégraphe-vedette au Honduras.

Sur scène, cinq artistes nous immergent dans un univers troublant. Certains dansent de manière saccadée, d’autres chantent, crient, sautillent, manient frénétiquement divers objets porteurs de sens ou respirent bruyamment. Devant une salle pleine à craquer, le groupe se donne corps et âme et ne fait qu’un avec le décor éclectique qui participe activement à la performance. Partout, la lettre « A » cerclée domine, symbole par excellence de l’anarchie. Car l’anarchie est au cœur même de cette conception excentrique, à un point tel que le résultat devient difficilement gérable : une musique parfois cacophonique, une profusion de matières et de tissus, des chorégraphies contrastantes, des images projetées en arrière-plan sur une cascade de rideaux. Conséquemment, la performance s’avère peu accessible, comme s’il s’agissait d’un microcosme hermétique dont seuls les artistes détiennent la clé.

Dans les faits, il faut avoir lu la description du spectacle sur le site web du Festival TransAmériques pour mieux assimiler tout ce qui se déroule sous nos yeux. Sinon, on ne perçoit que vaguement l’aspect engagé du spectacle, qui apparaît au final comme une improvisation mixte et quelquefois absurde pour le spectateur non avisé.

Très énergique, la prestation soulève maintes questions. Qu’ont cherché à accomplir les protagonistes? Ont-ils voulu créer un sentiment d’inconfort chez le public? Transmettre un message politique? Se dresser contre les stéréotypes de mouvements artistiques trop proprets? Décrit par Forsythe comme un «opéra politique punk rock», Golpe dépeint une forme d’art qui ne se veut pas sage du tout et qui cherche sans doute à provoquer. Une performance singulière, pour un public averti, qui ne craint pas d’être bousculé dans sa routine. On aime ou pas.

Spectacle de Tusketdance à l’Agora de la Danse, 840 rue Cherrier à Montréal

Dans la catégorie: CulturelFTA 2010

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