Mutek – A/V Visions 1 – Bernier + Messier, Matmos, [The User]
Xavier PROULX
Ouverture éclectique de la onzième édition du Festival Mutek hier soir au Monument National. Le duo Bernier+Mercier y présentait en première nord américaine La chambre des machines alors que Matmos volait la vedette en milieu de performance. The user aura comblé d’extase les plus nerds de ce monde en complétant le spectacle par une prestation d’imprimantes matricielles. En détail.
L’Homme et la machine. Une question fondamentale de la musique électronique, chaque artiste y prend un peu son parti pris. Deux côtés de la médaille. Primo, percevoir la musique électronique comme une expérience essentiellement organique, voire tactile, disciples des AIR, Turzi et Jarre de ce monde. Deuxio, y aborder la prestation comme une glorification de la machine, prenant le dessus sur l’être humain qui la contrôle, comme Kraftwerk, ou Schultze par exemple; une dimension très est européenne. Bernier+Mercier proposait hier une illustration de cette gloire à la machine. Maniant leur « boîtes à bruit », Nicolas Bernier et Martin Messier réussissaient tout de même à venir chercher une certaine chaleur au cœur des entrailles métalliques de leurs instruments. Manettes et manivelles tirées, réveils matins, carillons, tout y passe. Sous des projections illustrant des systèmes d’engrenage et de machineries industrielles diverses, le rythme endiablé devient un staccato obsédant. Qui de la machine ou l’homme aura gagné le combat ? Nul ne le sait, mais les bruits extirpés de ces étranges machines métalliques continuerons de nous hanter.
Matmos. Duo charismatique et débonnaire en provenance de Baltimore, Drew Daniel et Martin Schmidt ont tout pour plaire. Pince à cravate, look déjanté un peu coincé-vintage. Que demander de plus à un nerd d’électro ? Nous aurons été témoin de leur sens de l’humour réputé légendaire. La chose est bien réelle. Blaguant au sujet d’erreurs techniques, de même que s’excusant à l’avance pour le psychisme des compositions, faisant passer la chose sur une supposée poussée de fièvre, ils ont volé la vedette. Le cœur de la performance. Une symphonie grandiose d’électronique bien vieilli, rappelant l’heure de gloire de Tangerine Dream ou alors les rythmes plus récents de 7-Hurtz. Véritables évangélistes des basses fréquences, ils auront même été sur le parterre à la rencontre des spectateurs maniant un magnétophone crachant à lui seul une nappe de basse à 60 cycles/secondes. Un buzz agité tel un pot d’encens au dessus des spectateurs. Nous étions béni d’électricité. Plus que convaincants, ces compagnons de tournés de Björk…
[The User] représente le rêve de tout nerd qui se respecte. Programmer une série d’imprimantes matricielles pour composer une symphonie musicale. La « symphonie #2 pour imprimantes matricielles » avait de quoi surprendre. Des caméras témoignaient des mouvements du « cœur de la bête », c’est à dire un gros plan des entrailles des dizaines d’imprimantes vintage qui s’alignaient sur la scène. D’autres caméras témoignaient des caractères ASCII aléatoire qui s’affichaient sur l’écran des ces dinosaures informatiques. Performance saugrenue de cet architecte de formation et de ce musicien classique, nous aurons finalement assisté à la glorification suprême de la machine. Extase pour nerds garantie !
Dans la catégorie: Culturel • MUTEK 2010
Mots-clef: a/visions, bernier, électronique, festival, imprimante, l'homme et la machine, matmos, messier, monument national, musique, mutek, ordinateur, the user




