Plongée au coeur d’un monde intime dans Escorte
Hugo PRÉVOST
Peu importe la façon dont elle est abordée, la prostitution demeure toujours quelque peu taboue. Signe d’une réprobation plus que millénaire, cet ostracisme du plus vieux métier du monde fut l’objet d’innombrables films, documentaires et livres. Comment, alors, renouveler le sujet, et offrir une perspective unique sur ce phénomène aussi vieux que la société elle-même? En écrivant Escorte, Mélodie Nelson emprunte le chemin de l’autobiographie. Le résultat, particulier, offre une lecture intéressante, particulièrement au second degré.
Qu’on se le dise d’avance, aucun romantisme en ces pages, ou si peu. Aucune histoire de drogue, d’abus ou de violence non plus, cependant. En fait, Escorte est tout simplement l’histoire d’une jeune femme qui, petit à petit, décide de vendre son corps à des clients fortunés. Dans quel but? Est-ce la possibilité d’avoir le plein contrôle sur son corps? De se transformer intégralement en objet de plaisir? D’explorer sa sexualité, et ce sans limites? Il y a un peu de tout cela, certes, mais aussi, caché derrière tout cela, un désir, une envie de s’affranchir des barrières sociétales traditionnelles? En fait, à la lecture de ce livre, on en arrive rapidement à un double constat: tout d’abord, ceux qui mènent le monde sont également menés par leurs organes reproducteurs. Le plus puissant des juges, des politiciens ou des hommes d’affaires aura peut-être recours aux services d’une escorte, qui possède alors le pouvoir absolu sur le plaisir sexuel de cet homme.
Remarquez, certains opposeront à cet argument que l’escorte est obligée de satisfaire sexuellement son client, en échange d’une rétribution. L’homme aurait encore – et toujours – le pouvoir absolu sur la femme, jusqu’à avoir le choix de la payer pour coucher avec elle. Comment expliquer, dans ce cas, ce plaisir que semble prendre Mélodie et les autres escortes citées dans son roman, alors qu’elles exercent leur métier?
Ensuite, il est clair depuis le début qu’être escorte, si cela permet – dans une certaine limite – de devenir maître de soi, de son corps, ne mène au grand jamais à l’émancipation de soi-même et à l’amélioration notable d’une vie. Il y a certainement plus, dans une existence, que le fait de se faire payer pour écarter les cuisses. Beaucoup plus. En ce sens, Escorte est davantage une sorte de récit initiatique qu’un bête résumé de nombreuses baises et séances de jambes en l’air. Le récit du parcours psychologique et personnel d’une jeune femme, que l’ennui d’une vie ordinaire a mené vers le chemin de la prostitution de luxe.
Que retirer, enfin, d’Escorte? Que le sexe, en premier lieu, perd tout son côté émoustillant lorsque raconté comme une longue succession d’actes mécaniques; en ce sens, Mélodie Nelson réussit ici à nous faire prendre conscience de l’absence de glamour dans la profession d’escorte. Ensuite, qu’il ne s’agit pas du livre à lire si l’on s’intéresse à la prostitution des rues, et aux problèmes qui l’entourent. Aucune allusion, ici, aux ennuis que vivent de (trop) nombreuses femmes ici même à Montréal, et partout dans le monde. Il s’agit d’un récit autobiographique, point. Ou en est-ce vraiment un? Quoi qu’il en soit, le livre fait effet. Peut-être regrette-t-on le rythme quelque peu lent, et les explications pour les lecteurs non-Québécois, qui viennent alourdir le texte.
Escorte, de Mélodie Nelson, publié chez Transit Éditeur, 203 p.
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: autobiographie, critique, escorte, littérature, livre, mélodie nelson, prostitution, pute, roman, sexe, transit




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Bon, je constate que le débat est sorti des plates-bandes de la discussion sur ce livre. Je me vois donc dans l’obligation de retirer les commentaires concernant cet article.