La réalité tonnerroise
Joseph ELFASSI
Voici le second et avant-dernier texte de notre journaliste Joseph Elfassi, en stage au Forum de la Jeunesse 2010 à Tonnerre, en France.
La première note sur mon stage à Tonnerre, en Bourgogne, révélait un jeune homme, plutôt seul, mais virtuellement hyperactif, qui tentait de vendre le Forum de la Jeunesse 2010 à la communauté tonnerroise. Par le biais des réseaux sociaux, je lançai mon pari, et faisais ma promotion enthousiaste mais peu palpable.
La réalité a Tonnerre, depuis ce premier billet, est fort différente : je ne suis plus seul communicateur, et je ne suis pas seulement communicateur. Estelle, stagiaire française, et Gabriel, représentant du Café Graffiti à Montréal (grand partenaire de l’événement) m’ont rejoint dans l’équipe de la communication. Les breakdancers sont arrivés, le graffeur Fluke aussi, avec leurs énergies, leurs rythmes, leur extravagance, et leur façon presque naturelle d’accaparer l’attention tonnerroise (au grand dam de votre chroniqueur préféré qui, il faut le dire, apprécie particulièrement l’attention).
Je ne suis pas seul communicateur. Nous sommes promoteurs et organisateurs. Le stage, initialement considéré comme un stage en journalisme, aborde très peu le métier. Certes, nous écrivons quelques comptes rendus, mais l’investigation et l’esprit critique ne sont pas particulièrement au rendez-vous. À la place, nous distribuons des pamphlets, nous appelons les journalistes, nous arrangeons l’Espace Bouchez en guise de préparation pour le vernissage de l’exposition « Me voici ». En balayant le plancher de la galerie, je me fais quelques réflexions : qu’il ne fait pas de mal d’être impliqué à tous les niveaux d’une organisation d’un événement, que c’est probablement la conception du stagiaire en France (l’assistant bouche-trou), mais surtout, que ça me limite dans mon travail.
Je suis photographe et vidéaste. Je suis rédacteur. Beaucoup de clients et d’amateurs ont une conception erronée de la création : simplement filmer, comme ça, et mettre le résultat sur ordinateur, suffirait à livrer un résultat de qualité. La préparation, l’effort dans la réalisation, les heures de montage, ne sont tout simplement pas prises en compte dans ce stage, où la surproduction souriante est de mise. Je n’ai rien, en principe, contre la distribution de pamphlets pour promouvoir l’événement à une population ramollie par la crise économique, mais mes photos en souffrent, mes vidéos en souffrent, mes articles en souffrent, inévitablement.
La plus grande réussite du Forum de la Jeunesse, à mon avis, sera la transmission d’une énergie créatrice aux jeunes qui ont participé aux stages de graff et de breakdance donnés par des professionnels montréalais. En espérant que la jeunesse tonnerroise décide de se rassembler après le départ des bboys et des bgirls pour pratiquer la danse. Et que les enfants qui ont peint avec Fluke réalisent que s’ils veulent faire des oeuvres, ils peuvent bien. La plus grande réussite potentielle (mais improbable) de ce Forum serait de faire réaliser aux jeunes qu’ils n’ont pas besoin d’un Forum pour s’exprimer, et qu’ils ne doivent pas attendre que nous leur donnions un micro pour qu’ils prennent la parole. Le bon vieux pêcheur qui apprend à des jeunes comment pêcher, ou dans ce cas-ci, comme faire du breakdance…
Dans la catégorie: Culturel
Mots-clef: break-dance, communication, danse, fluke, forum de la jeunesse, france, graffiti, journalisme, montréal, québec, stage, tonnerre



