Les beaux survivants, d’Emmanuelle Turgeon: d’outre-tombe

Élisabeth de NIVERVILLE

Les beaux survivants met en scène la vie d’une ancienne junkie, Roxane, après la mort violente d’une de ces grandes amies, Marie-Anne, elle aussi aux prises avec une dépendance à la drogue.

Après la mort de Marie-Anne, Hélène, la mère de celle-ci, et Roxanne écrivent un livre ensemble pour se libérer de leurs souvenirs douloureux. Parallèlement, elles mènent des recherches pour retrouver le meurtrier de Marie-Anne. De plus, Roxane rencontrera un fan dudit roman, et vivra avec une lui une liaison hors du commun… c’est le moins qu’on puisse dire.

Tous les éléments semblaient réunis pour créer un bon polar psychologique, ou une sorte de drame qui reproduirait en livre l’ambiance qui régnait dans le film Requiem for a Dream. Cependant, le livre n’est pas suffisamment palpitant pour être qualifiable de polar, ce n’en pas un du tout… et le drame qui y est décrit n’est en rien attendrissant, ou bouleversant, ou tout simplement agréable à lire.

La proportion de texte accordée à chaque partie de la trame narrative aurait pu être revue; de plus, le texte est désolant, par le nombre de phrases mal tournées ou cliché qui y figurent. «Il connaît maintenant une femme aux mille hommes pour autant de trous au creux de mon pouls.» est absolument une des pires phrases du livre. D’une poésie juvénile et maladroite, elle laisse présager de la plume de l’auteure, qui aurait pu présenter des extraits de ce texte à un journal d’étudiants cégépiens. Elle use de plusieurs niveaux de langage, passant du familier au soutenu sans que ces niveaux ne s’harmonisent adéquatement, ni que le contraste ne crée un effet de sens qui ajouterait à l’histoire.

Ce roman est raté mais il comprend plusieurs phrases qui méritent d’être mentionnées pour leur esthétique recherchée :

-          «Et ceux qui ont pitié de l’infiniment petit qui manque d’attention se sentent propulsés dans la rue, les bars.»

-          «Mon lit est à l’intérieur de nous et notre barque à la dérive où nos cadavres exquis font l’amour[… ]»

-          «Sur papier, il y a des déserteurs ratés, des revenants, des amants qui se déversent, et des certitudes qui se dévissent, des factures qui soumettent les rapports humains aux plus grandes pertes de temps et détours des fonds de question, sur papier il y a des liaisons et des ruptures.»

-          «Quand on dort vraiment, on est comme un 7-up qui a perdu ses bulles, une nuit sans éclosion d’étoiles.»

Ces jolis mots auraient dû composer la majorité du roman. Ainsi, ils auraient pu excuser les tournures totalement absconses et affligeantes qui composent la plus grande partie du livre, comme celle-ci : «Je vis donc je me détruis. Parce que je fais comme tout le monde. Comme si de rien n’était. Il ne faut surtout pas penser. Oh! Tu penses trop. C’est pas bon pour la santé.» et celle-là : «C’est un pet de Trudeau qui a donné l’idée des anti-dépresseurs».

Transit éditeur prévoit publier un dernier roman de l’écrivaine, qui est à présent décédée. Espérons que l’écriture y sera plus mature que dans Les beaux survivants…

Dans la catégorie: Culturel

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